Arrête avec tes mensonges -Philippe Besson

Roman autobiographique de l’auteur et de sa première grande histoire d’amour

Thème : Adolescence, homosexualité, amour

Arrete avec tes mensonges - Philippe Besson

Résumé

L’auteur est en train de discuter avec une journaliste quand il croit reconnaître un homme. Cet homme c’est celui sur la photo de couverture de ce roman : Thomas Andrieu. Ce premier amour aussi foudroyant, que fut déchirante la séparation, est resté enfoui au fond de Philippe Besson toutes ces années. L’écriture de ce roman a finit par l’en délivrer.

Il remonte alors les années pour conter son adolescence effacée à Barbezieux. Fils de l’instituteur, il a une voie toute tracée. Il est un brillant élève en teminale C,  un peu solitaire, gauche et souvent moqué comme le sont les premiers de la classe quand il remarque Thomas. Il sait déjà depuis longtemps qu’il préfère les garçons mais il ne veut pas que ça se sache. Alors il observe de loin ce garçon pour lequel il nourrit déjà un désir fou mais qu’il sait déjà à sens unique.

“Ce garçon, à l’évidence, n’est pas pour moi.”

Car Thomas est beau, le cheveu en bataille et l’œil sombre, il attire les filles qui ne cessent de lui tourner autour. Il a l’assurance de ceux qui n’ont pas besoin de séduire pour être aimé. Et pourtant un jour, celui-ci lui propose un rendez-vous.

Ils vont alors s’aimer en secret tout en sachant que cette histoire ne pourra pas durer… L’un est destiné à rester à Barbezieux alors que l’autre a le monde qui lui tend les bras. Et puis, être homosexuel et s’afficher dans cette petite commune de Charente, n’est pas une option envisageable. L’été arrive et chacun part de son côté…

 

2 adjectifs qui résument ce livre

Bouleversant : Impossible de ne pas succomber à l’émotion à la lecture de ce livre, à cette vibrante histoire et son déchirant dénouement

Délicatesse : Il en fallait beaucoup pour confesser une histoire aussi intime avec cette lumière et cette bienveillance et sans céder aux sirènes du regret et de l’injustice.

 

Ce que j’en pense

J’ai encore le cœur serré, tourneboulé, chamboulé par cette confession.

Je ne suis pas spécialement une fan de Philippe Besson mais ce livre gardera, c’est certain, une place particulière dans mon cœur et m’a donné envie d’en découvrir davantage de cet auteur.

Il contient tant d’amour entre ses lignes ! Et qui plus est, le plus beau des amours car revêtu de l’innocence et de ce don total de soi que l’on n’accordera peut-être qu’au premier.

Impossible de ne pas succomber à la plume pudique de l’auteur qui se met pourtant à nu. Il y a les élans que l’on retient, la peur et la brûlure des sentiments que l’on veut éternels, le regard des autres dont on se dissimule, le secret des émois défendus, la force de l’amour qui ne s’endigue pas, le poids du destin décidé par d’autres, la raison de l’âge adulte qui amène l’acceptation.

“Il n’imaginait pas que je puisse venir de cela, de ce monde si rural, si minéral, ce monde lent, presque immobile, fossilisé. Il m’a dit : il a dû t’en falloir, de la volonté, pour t’élever. Il n’a pas dit : ambition, courage ou haine. Je lui ai dit : c’est mon père qui a voulu pour moi. Moi, je serais bien resté dans cette enfance, ce coton.”

L’imprévisibilité de la vie qui vient tout bousculer…

“J’écrirais souvent, des années après, sur l’impondérable, sur l’imprévisible qui détermine les évènements. J’écrirai également sur les rencontres qui changent la donne, sur les conjonctions inattendues qui modifient le cours d’une existence, les croisements involontaires qui font dévier les trajectoires. Ça commence là, dans l’hiver de mes dix-sept ans.”

Et puis il y a le manque, sa morsure, l’absence de l’autre…

“Plus tard , j’écrirai sur le manque. Sur la privation insupportable de l’autre. Sur le dénuement provoqué par cette privation ; une pauvreté qui s’abat. J’écrirai sur la tristesse qui ronge, la folie qui menace. Cela deviendra la matrice de mes livres, presque malgré moi. Je me demande quelquefois si j’ai même jamais écrit sur autre chose. Comme si je ne m’étais jamais remis de ça : l’autre devenu inaccessible. Comme si ça occupait tout l’espace mental.”

On a aussi envie de crier : pourquoi tant de gâchis ??

Pourquoi n’avoir pas cherché à se revoir envers et contre tout ? Pourquoi tant de raisonnable, d’absence de rébellion quand l’amour est aussi évident ?

Je ne comprendrais jamais toutes ces raisons que l’on sait s’inventer pour fuir ou accepter certaines situations alors que l’amour est là. Car quels ravages sous l’écorce ensuite …

Mais peut-être que les amours malheureux ou contrariés font les plus belles histoires d’amour car elles n’ont pas à connaitre la fin tragique ou la lente érosion des sentiments qu’entraine quasi inévitablement la vie de couple Sourire

En tout cas, est-ce que Philippe Besson serait l’auteur qu’il est aujourd’hui sans cette histoire, cette rencontre ? 

C’est curieux qu’il l’ait porté aussi longtemps sans l’évoquer autrement qu’indirectement dans le reste de son œuvre. Mais c’est aussi compréhensible car en même temps, on a souvent des choses en soi qui ont besoin de prendre le temps de “mûrir”. Et puis la vie s’est chargée d’apporter peut-être les réponses qui manquaient encore pour que ce livre puisse s’écrire, comme une boucle qui se referme enfin.

“Je regretterai parfois que mon enfance, mon adolescence aient été si indolentes, si protégées, si quelconques, car on est si souvent sommé de devoir faire valoir un traumatisme remontant au plus jeune âge pour justifier qu’on écrit. Mais pas de viol, pas d’inceste, pas de famille tarée, pas de père inconnu, pas de père connu, pas de fugue, pas de dérive, pas de maladie grave, pas de pauvreté, pas de grande bourgeoisie, rien pour fabriquer un livre qui retienne l’attention, rien qui fasse vendre.”

En tout cas, je suis heureuse finalement d’avoir d’abord lu celui-ci car je pense qu’on doit (re)lire l’œuvre de cet auteur d’un autre œil à la lumière de cette confession.

C’est aussi un témoignage d’une époque, de ces années 80. Ces années avant la grande hécatombe du Sida, avant la fin de l’amour libre. Ces années où découvrir qu’aimer un garçon, c’était encore se vouer à une certaine solitude et clandestinité par peur du regard des autres.

Un roman plein de grâce, de délicatesse qui consigne une histoire d’amour inoubliable et bouleversante ♥♥♥

 

Philippe Besson - Arrête avec tes mensonges

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ARRETE AVEC TES MENSONGES – PHILIPPE BESSON – EDITIONS 10/18

2 thoughts on “Arrête avec tes mensonges -Philippe Besson

  1. Un livre bouleversant qui m’a profondément marqué. Mon premier Philippe Besson et sans doute pas le dernier, maintenant que je peux livres ses autres livres à la lumière de celui-ci… Merci pour ta belle critique!

    1. Hello Elodie,

      Pareil pour moi ! Je crois bien en avoir lu un une fois mais aussitôt vite oublié… Après celui-ci, je considère cet auteur d’un autre œil, et tout comme toi j’ai très envie de lire les autres … « Les passants de Lisbonne » est parait-il très réussi aussi 😉

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