Bianca – Loulou Robert

Au départ, je suis entrée sur la pointe des pieds dans ce roman.

Le fait que son auteur, Loulou Robert soit mannequin et la fille du journaliste (Denis Robert) qui fit éclater l’affaire Clearstream sur la place publique, ça a forcément de quoi rendre un peu suspicieux quant à la qualité d’un roman qui bénéficie d’emblée d’une belle couverture médiatique.

Et bien, non ! J’ai été emballée dès les premières pages ! Je pensais trouver une histoire racoleuse, bâtie à la va vite avec un style approximatif (c’est bien connu les mannequins ne savent pas écrire Clignement d'œil ) et j’ai trouvé un roman profond, lumineux sur les affres de l’adolescence et très bien écrit en prime.

Malgré son sujet, ce roman n’est pas de la littérature young adult mais un roman à part entière, qui s’adresse aussi bien aux adolescents qu’aux adultes. Et Loulou Robert est un véritable écrivain malgré les doutes que peuvent inspirer sa biographie.

Bianca, ce n’est pas qu’un roman sur la difficulté d’être adolescent, c’est aussi l’histoire d’un lent retour à la vie.

Livre Bianca de Loulou Robert

 

Bianca 16 ans, bientôt 17, est déjà anorexique quand elle décide de mettre fin à sa vie en s’ouvrant les veines. C’est une véritable éponge qui encaisse silencieusement les maux et la tristesse de son quotidien : sa mère alcoolique, son père qui fuit, son petit frère adoré pour lequel elle devient une seconde maman palliant ainsi aux défaillances de sa propre mère, alors qu’elle est encore elle même, une enfant à protéger. 

Elle est alors interné aux Primevères, une unité psychiatrique pour adolescents, et pendant une dizaine de mois elle va devoir consacrer tous ses efforts à trouver une raison de continuer à vivre. Pas facile quand on n’est habité par le vide et que l’on n’a plus aucun appétit de vivre.

Comment remplir le vide quand rien autour de soi ne semble digne d’intérêt?

Et ce ne sont pas les séances d’équithérapie ou de théâtre de l’hôpital qui vont lui redonner le goût de vivre, d’autant qu’on l’a aussi privée de lecture pour qu’elle cesse de fuir le monde réel.

Mais Bianca ne se rebelle pas, on l’a enfermée alors elle observe : le médecin, les infirmières, les autres patients, la vétusté de l’unité psychiatrique, les fenêtres avec les barreaux qu’on ne peut même pas ouvrir…

Mais HP, c’est aussi un lieu de rencontre et de vie. C’est Simon, Jeff, Raphaël, Clara, Edith l’infirmière. On y côtoie d’autres lourdes histoires de souffrance (pédophilie, inceste, mort d’un enfant, violences et coups…).

Et si de cette part d’ombre pouvait surgir la lumière?

Bianca y découvre l’amour, l’amitié, le sentiment que le vide peut se combler si l’on prend la peine d’aller à la rencontre des autres. A travers leurs yeux, elle prend corps, elle se découvre et apprend à se connaitre, à ne prendre que le bon et à laisser le reste, à accepter sa différence et elle en ressort transformée, plus forte malgré les épreuves (le retrait de Simon de l’unité, la mort de Juliette puis de Jeff, le divorce de ses parents). Elle reprend du poids, elle va enfin pouvoir sortir.

On imagine sans peine une petite part d’autobiographie dans ce roman. La traversée houleuse de l’adolescence, l’anorexie, la connaissance du milieu hospitalier sont décrits avec bien trop de justesse pour ne pas avoir été vécu mais là réside toute la force de ce récit, à la fois désenchanté et optimiste, oscillant entre abandon et envie de vivre sans qu’à aucun moment on ne ressente l’imposture de celui qui écrit sur ce qu’il ne connait pas. Les mots sont justes, parfois crus, le récit poignant et attachant et on adhère au mal être de Bianca dès les premières lignes pour la suivre jusqu’à l’aube de cette nouvelle vie prometteuse. Un très beau roman à partager avec ses adolescents si vous en avez.

 

Ce que j’ai aimé dans ce livre c’est qu’après la descente aux enfers, la mélancolie, le refus de s’alimenter et de vivre, Bianca trouve sa propre raison d’exister et relève la tête. Ça n’a rien de magique !  Observer est sa manière de se battre, d’apprendre, de comprendre pour survivre et de trouver sa place malgré son dégoût de vivre. Elle accepte cette mise à l’écart, puis d’aller vers les autres et d’en apprendre quelque chose. Elle découvre que tout le monde porte une croix, qu’elle est parfois plus lourde que la sienne et que le partage rend plus fort. Si elle avait d’abord choisi de se rebeller et de se renfermer sur elle-même, elle n’aurait pu faire ce chemin mais elle a accepté de laisser la vie venir jusqu’à elle et avant de mourir Jeff lui insufflera l’énergie nécessaire pour aller de l’avant (il y a une très belle page à ce sujet) : “Il faut vivre, fillette. A fond. Ne gâche pas ta vie avec ces conneries de dépression et d’hôpital. Regarde un jour le cancer se pointe et on t’annonce qu’il ne te reste que quelques mois à vivre….Je n’avais pas le temps. Je regrette maintenant, puisque du temps je n’en ai vraiment plus…. j’ai préféré foutre le feu à la maison, et enfumer mes poumons de conneries…ne fais pas la même erreur.” (Extraits).

Un livre qui non seulement permet de mieux comprendre cette période difficile qu’est l’adolescence, ses difficultés et ses souffrances, mais aussi de ne pas stigmatiser la dépression ou le séjour en HP. L’auteur s’est attachée à montrer qu’il existe une porte de sortie au mal-être, un magnifique message d’espoir pour ceux qui souffrent et pensent ne jamais voir la fin du tunnel.

 

  Ma note :

 

Bianca de Loulou Robert

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