Douleur – Zeruya Shalev

Quand la vie nous offre une seconde chance qu’on espère depuis toujours, est-il aussi simple de la saisir ?

D’emblée j’aurais dit que si la vie nous fait ce cadeau là, il ne faut en aucun cas se le refuser et aucun obstacle ne devrait être de taille à pouvoir se mettre en travers de la route !

Mais ce roman de Zeruya Shalev évite le raccourci et nous plonge dans l’intime féminin pour révéler que malgré la force de l’obsession du passé, renouer avec ce que l’on désirait le plus au monde n’est jamais aussi évident qu’il n’y parait …

Zeruya Shalev - Douleur

 

Résumé de “DOULEUR”

Iris a été quitté à 17 ans par Ethan qu’elle considérait comme l’amour de sa vie. De cette rupture elle ne se remettra jamais, sombrant dans un premier temps dans la dépression, paralysée par le chagrin, puis acceptant de se relever pour construire presque par dépit, une solide vie de famille et devenir une directrice d’école ambitieuse et respectée. Une vie qu’elle a construit davantage par la force de sa volonté que guidée par ses sentiments, prisonnière de son amour de jeunesse perdu.

Mais elle va apprendre que l’on ne peut jamais rien garder sous contrôle. C’est d’abord cette bombe qui éclate alors qu’elle accompagne ses enfants à l’école et qui la laisse physiquement fracassée. Désormais la souffrance ne la quittera plus et il lui faudra surmonter au quotidien les douloureuses séquelles de cet attentat tout comme les changements que cela entraîne au sein de sa propre famille. Sa fille Alma se sent abandonnée et lui devient hostile, son époux devient mutique mais restera à ses côtés après la tragédie.  Alors quand 10 ans plus tard, elle va consulter un médecin spécialiste de la douleur et que celui-ci se révèle être Ethan, son premier amour, brusquement l’ordonnancement bien établi de sa vie vacille. Seulement c’est malencontreusement également le moment où sa fille Alma a le plus besoin d’elle. Alors qu’elle l’imaginait partie pour vivre sa propre vie à Tel Aviv, elle apprend incidemment que celle-ci est tombée sous l’emprise d’un manipulateur. Comment Alma a-t-elle pu tomber dans ce piège ? Qu’ont-ils à se reprocher comme parents ? Pour Iris qui ,n’avait fait qu’attendre Ethan toutes ces années, se pose alors la question du bon moment. Est-ce vraiment le bon moment pour larguer sa vie et repartir de zéro avec son premier amour alors que sa famille (et sa fille) ont encore tant besoin d’elle ? Doit-elle sauver l’adolescente qu’elle a été en retrouvant Ethan ou doit-elle sauver son adolescente de fille qui se retrouve aux griffes d’un manipulateur ? Pour Iris, il est de plus en plus évident qu’elle doit faire un choix, un choix qui sera douloureux quelque soit l’option choisie.

Un roman profond mené par une écriture puissante et dense qui m’a obligée à faire de fréquentes pauses lecture. Pas facile de soutenir d’un trait 400 pages de cette auteure dont c’est le dernier roman mais le premier que je découvre pour ma part. La première partie du roman m’a parue interminable du fait de l’immobilité de la situation mais un je-ne-sais-quoi m’empêchait de lâcher cette histoire, comme s’il semblait logique d’accompagner l’attente diffuse d’Iris. Et puis, au détour d’un chapitre, le récit “s’ébroue” et se décide à vivre sa vie. C’est comme si Iris sortait d’un profond sommeil léthargique et devenait vivante sous nos yeux au travers des mots de Zeruya Shalev. Finalement c’est impressionnant comme la construction du récit reflète précisément l’état intérieur de cette femme qui s’était interdit de vivre depuis ses 17 ans, puis accompagne cette renaissance.

Très rapidement on se rend bien compte de l’ambivalence de cette question d’une deuxième chance : s’agit-il d’une nouvelle chance de pouvoir s’aimer avec Ethan son amour de jeunesse ou celle d’aimer enfin cette famille construite et tant malmenée depuis l’attentat qui la blessa ?

Zeruya Shalev est un des auteurs les plus lus de la littérature israélienne et même si elle évoque brièvement les réalités de son pays (elle parle notamment des attentats et du service militaire obligatoire), son terrain d’investigation c’est l’intime, les conflits intérieurs de ses personnages qu’ils soient hommes ou femmes, mais aussi l’exploration de la complexité des liens familiaux. Elle excelle ainsi à rendre compte des sentiments féminins, c’est ce qui m’a fasciné dans son écriture. Qu’elle parvienne avec tant de finesse à raconter la difficulté d’aimer et ces sentiments contradictoires qui habitent toute femme tiraillée entre l’amour d’un homme et celui qu’elle ressent pour ses enfants sans porter de jugement sur ses choix.

C’est l’occasion à travers ce roman (comme dans les autres qui composent son œuvre), de rappeler que rien ne sauve : ni l’amour, ni les enfants, ni le travail. Notre seul salut est de réussir à donner un sens à notre vie mais peut-on trouver le bonheur sans faire souffrir autour de soi ?

Grande question à laquelle j’aurais aimé que l’auteure apporte une réponse au lieu de nous laisser sur le terrain de la réflexion Clignement d'œil … A défaut, ce roman m’a donné très envie de lire ses autres livres.

 

Douleur -Zeruya Shalev

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DOULEUR – Zeruya Shalev – Editions Gallimard

4 thoughts on “Douleur – Zeruya Shalev

  1. Merci pour cet avis très complet. Je me permets juste une observation. Il faut ici parler de littérature israélienne et non « israélite ».
    Clément

    1. Merci Clément d’avoir laissé un petit commentaire par ici 🙂
      Ah exact ! J’avais déjà fait l’erreur par ailleurs et corrigé mais celle-ci m’a échappé. Merci pour le signalement, je courre faire les modifications 😉

  2. J’ai lu ce livre, que j’ai beaucoup aimé, même si j’ai mis un peu de temps à « rentrer » dans l’histoire. C’est un livre que j’ai aimé avec du recul en fait. Je n’aurais pas réussi à en parler aussi bien que toi, merci pour cette chronique très complète!

    1. Oh merci Elodie !
      Je t’avoue qu’avec le recul je trouve cette auteure de plus en plus intéressante, comme si son roman s’ancrait profondément après coup …c’est très curieux la façon dont elle parvient à nous toucher alors que j’ai pu constater qu’on était nombreux à trouver difficile d’entrer dans son écriture. Je craignais un peu de ne pas être à la hauteur pour en faire une chronique mais je trouvais aussi dommage de ne pas la faire alors tes mots me touchent beaucoup 🙂

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