La servante écarlate -Margaret Atwood

Le livre dont tout le monde parle ! Alors bien sûr je n’ai pas pu résister à la curiosité, il m’a fallu le lire et quelle claque !

Roman dystopique : comprendre qu’il s’agit d’une fiction qui met en scène une société imaginaire qui est organisée de telle manière que ses membres ne peuvent accéder au bonheur. Roman que certains ont rangé dans la catégorie “science-fiction”.

Mais pour ce livre écrit il y a déjà plus de 30 ans, peut-on encore parler de science-fiction aujourd’hui quand on voit combien la réalité dans certains pays du monde a rattrapé cette fiction ?

 Margaret Atwood -la servante écarlate

 

Résumé de La servante écarlate

Les fanatiques religieux ont pris le pouvoir et instauré la République de Gilead imposant leur ordre moral, leur nouvelle organisation de la société et notamment en triant les femmes selon des critères de fécondité. Car la nature bien trop polluée a rendu la majorité des femmes stériles et a fait de la reproduction de l’espèce humaine, une question de société majeure.

Désormais les femmes infertiles ou trop âgées sont déplacées dans des camps de concentration, les Marthas s’occupent des questions domestiques, les Tantes sont chargées de l’éducation des femmes, les épouses de hauts dignitaires doivent se cantonner à leur rôle de maîtresse de maison et les femmes les plus fertiles sont affectées à la reproduction, habillées de rouge et au service des commandants et de leurs épouses. Au service de ces dernières, les servantes, ne doivent leur survie qu’à leur capacité d’enfanter des bébés viables et réussis et n’ont droit à ce titre qu’à 3 tentatives.

La société entière est organisée de façon autoritaire, les libertés ont bien évidemment disparues et chacun vit dans la peur et sous l’œil inquisiteur du pouvoir et de son voisin. Tatouage, rationnement, délations, arrestations, exécutions font désormais partie du quotidien de chaque citoyen de cette nouvelle république. C’est la fin de l’insouciance, de la liberté, toutes les affaires personnelles ont été confisquées ou détruites et chacun doit désormais s’habiller selon un uniforme et un code couleur bien défini.

Defred est l’une de ces servantes écarlates mise au service d’un commandant et de son épouse aux fins de procréation puisqu’elle chargée de leur donner un bébé. Elle observe cette nouvelle société, sa nouvelle condition, raconte son quotidien et se remémore son passé, sa vie de femme libre, Luke, l’homme qu’elle aimait et dont elle ne sait ce dont il est advenu et sa petite fille qui lui a été enlevée.

Elle fait partie de ces femmes qui font la transition entre celles qui ont connu la liberté et ignoraient qu’elles étaient heureuses et celles de demain qui ne connaîtront pas d’autre réalité ou système et qui ne pourront pas regretter ce qu’elles n’ont pas connu et qui n’est pas transmis.

Pourtant malgré un hyper contrôle despotique, malgré la peur, malgré l’absence totale de liberté, quelque chose va tout de même basculer…

 Je ne vous en dis pas plus sous peine de spoiler la fin de ce roman Clignement d'œil

C’est véritablement le roman incontournable à lire cette année, édité en 1985, il est devenu l’un grand classique de la littérature anglophone au même titre que “1984”, et c’est aussi un vrai roman féministe et écologique que tout femme/fille se doit de lire tout comme nos mères et grand-mères ont dû lire le “Deuxième sexe” de Simone de Beauvoir. Car le combat d’aujourd’hui et de demain est moins d’acquérir de nouveaux droits que de conserver ceux qui nous ont déjà été octroyés tant la tentation de revenir en arrière agite régulièrement certains esprits.

A noter aussi un passage sur le désir et le caractère irrépressible du besoin d’amour. Car malgré la peur, les règles mortifères, les événements tragiques, l’uniforme, la négation des corps que l’on cache, l’enfermement physique, impossible de tuer le désir car il naît dans l’imaginaire et les pensées. Defred sent poindre à nouveau le sien, cette pulsion de vie tout comme son désir d’amour.

C’est d’ailleurs peut-être la seule faille de l’organisation pensée par la République de Gilead… 😉

“Vous qui êtes quelqu’un d’intelligent, j’aimerais savoir ce que vous pensez ; qu’avons nous oublié ? J’ai répondu : L’amour. -L’amour ? Quelle sorte d’amour ? -Tomber amoureux. Le Commandant m’a regardé de ses yeux candides de petit garçon.”

L’amour, disait Tante Lydia avec dégoût. Que je ne vous y prenne pas. Pas de rêvasseries, pas de langueurs de mois de juin ici, mesdemoiselles. Elle nous menaçait du doigt. L’amour n’est pas essentiel.”

“J’ai envie d’être avec quelqu’un… Si je pensais que cela n’arriverait plus jamais, je mourrais. Mais j’ai tort, personne ne meurt d’être privé de rapports sexuels. C’est du manque d’amour que nous mourrons.”

C’est un roman qui, contrairement à mes craintes, se lit facilement.

Il ne se passe pas grand-chose en fait puisqu’on est invité à être témoin au travers des yeux et des ressentis de Defred qui vit une vie de recluse coincée dans sa chambre (où tout a été retiré pour lui éviter la tentation du suicide), les Cérémonies où elle doit prêter son corps pour l’accouplement et les quelques tâches de la vie quotidienne qui lui sont dévolues comme de faire les courses avec une autre servante. Cette sortie quotidienne est la seule bouffée d’air concédée à Defred qui doit quand même sans cesse se surveiller, la servante accompagnante pouvant se révéler une dangereuse délatrice. Ainsi elle découvre ce qui se passe à l’extérieur mais aussi qu’une résistance secrète au pouvoir s’est formée.

A travers son regard on appréhende la réalité cauchemardesque et surréaliste de cette nouvelle société mais on découvre aussi à travers ses flash-back sa vie antérieure, l’homme qu’elle aimait et cette petite fille qui lui a été enlevée pour qu’elle soit élevée selon les nouvelles règles établies pour les femmes. Car il n’y a pas un moment à perdre, il faut que les générations suivantes ne connaissent rien d’autre, que le souvenir de la femme libre s’éteigne le plus vite possible.

“Sont-elles assez âgées pour se souvenir du temps d’avant, d’avoir joué au base-ball, en jeans et tennis, d’être montées à bicyclette ? D’avoir lu des livres, toutes seules ? Certaines d’entre elles n’ont guère plus de quatorze ans…et pourtant elles ont des souvenirs. Et celles qui viendront après en auront aussi, pendant encore trois, quatre ou cinq ans; mais ensuite, plus. Elles auront toujours été vêtues de blanc, en groupe de filles. elles auront toujours été silencieuses.”

Defred se remémore ce temps où elles étaient libres et heureuses tout en réalisant pas combien elles l’étaient, cette période où personne n’imaginait un seul instant qu’on pourrait leur retirer cette vie qu’elles considéraient comme normale. Tout comme aujourd’hui nous n’imaginons pas nous-même vivre autrement qu’avec ces droits que nos mères et grand-mères ont si durement acquis et que pourtant ailleurs dans le monde on peut nous refuser. Une lecture qui vient dans la lignée de celle de “La tresse” de Laetitia Colombani, exhortant notre vigilance à ne pas s’endormir, il reste tant à faire pour les femmes et surtout tout à craindre de ces discours extrémistes ou prônant le retour nostalgique d’un “c’était mieux avant”.

“ Nous leur avons donné plus que nous ne leur avons pris, disait le Commandant. Pensez aux ennuis qu’elles avaient avant. Avez-vous oublié les bars pour célibataires, l’indignité des rendez-vous bouche-trou avec des collégiens inconnus ? Le marché de la viande. Avez-vous oublié le terrible fossé entre celles qui pouvaient facilement trouver un homme et celles qui ne le pouvaient pas ? Certaines étaient réduites au désespoir, elles se laissaient mourir de faim pour devenir minces, ou se gonflaient les seins de silicone, se faisaient couper le nez. Pensez à cette misère humaine….Elles se plaignaient constamment…. Avec notre méthode, elles trouvent toutes un homme, aucune n’est oubliée… Elles pouvaient se trouver abandonnées avec un gosse, ou deux ; le mari pouvait tout bonnement se lasser et partir, disparaître, et elles devaient vivre de l’assistance sociale. Ou alors il restait, et les battait. Ou si elles travaillaient, les enfants allaient à la garderie… Maintenant elles sont protégées, elles peuvent accomplir leur destin biologique en paix. Avec une aide et des encouragements sans limites.”

Ces années-là n’étaient qu’une anomalie, historiquement parlant, disait le Commandant. Un simple hasard. Nous n’avons que fait que ramener les choses à la norme de la Nature.”

Une femme avertie en vaut deux !

Et ce livre confirme que la lecture même fictionnelle permet d’ancrer dans nos têtes certains scénarios pour mieux nous en défendre. Alors je ne le répéterais jamais assez !

Lisons, lisons et surtout lisez ce livre même si vous n’aimez pas lire ces fameux livres qui buzzent Clignement d'œil

 

PS : Et pour celles qui en veulent plus, il y a également la série américaine  » The handmaid’s tale » à voir ! La série du moment qui cartonne adaptée du livre et à laquelle l’auteure elle-même a participé à l’écriture de l’adaptation d’où son intérêt, d’ailleurs.

 

 

 

La servante écarlate - Margareth Atwood

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LA SERVANTE ECARLATE – Margaret Atwood – Editions Robert Laffont

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