La tresse – Laetitia Colombani

Que de critiques partagées quant à ce nouveau roman qui est pourtant annoncé comme l’un des succès de cet été. Cela dit, un roman n’entraine jamais un engouement unanime, ce serait même suspicieux tant les gouts en matière de lecture sont éclectiques et les attentes de chaque lecteurs différentes.

Pourtant pas facile de mettre en perspective trois destins de femmes aussi différentes et de de tresser un lien invisible entre elles et je trouve que s’il y a bien une chose que l’on ne peut pas reprocher à Laetitia Colombani c’est son manque de finesse et d’originalité dans cette histoire (et cette métaphore) pour les relier.

La tresse - Laetitia Colombani

Résumé de la Tresse

Smita, Sarah et Giulia sont trois femmes aux destins différents. Smita est une intouchable, vouée à être invisible et à nettoyer les latrines à mains nues pour une vingtaine de familles mais elle refuse que sa fille connaisse le même sort. Seulement quand on est intouchable on ne dispose pas de ce choix. Giulia est sicilienne et travaille dans l’entreprise familiale quand son père à un grave accident remettant en question les moyens de subsistance de toute la famille. Sarah est une brillante avocate canadienne dont la vie professionnelle bascule brusquement quand on lui découvre un cancer.

Pour ces trois femmes auxquelles on demande d’accepter la condition dans lesquelles on les enferme, le choix va être la rébellion, de voir le possible où est inscrit l’impossible. Non seulement elles n’appartiennent pas au clan des sceptiques mais elles ont le courage et la foi pour changer la donne.

Puisqu’il faut justifier les raisons qui me font aimer ce roman, c’est déjà avant tout parce que j’aime les histoires de solidarités féminines. Depuis la nuit des temps, l’homme n’a de cesse de par le monde et les différentes époques de combattre la femme, de l’asservir, de l’humilier, de la dominer, de lui retirer le pouvoir qu’elle pourrait détenir ou gagner comme s’il s’agissait de la créature dont il a le plus à craindre sur cette terre. Je crois qu’il n’existe pas un animal qui ait été l’objet d’une volonté aussi farouche, à travers les siècles et les continents, pour essayer de restreindre sa liberté, sa possible « prolifération » ou remettre en cause son existence aussi facilement qu’on pourrait le faire pour un animal domestique. Cette sourde violence qui existe derrière la porte de notre voisin sans que nous en ayons le plus souvent conscience, n’a pourtant de cesse de se perpétuer . Toutes les femmes du monde sont unies du fait de leur appartenance à ce sexe qui reste « maudit », du fait de ce danger constant qui nous menace, ce lien invisible qui nous attache les unes aux autres devrait nous rendre irrémédiablement solidaires. Avec cette tresse symbole (l’une donne ses cheveux à son dieu pour qu’il la protège dans sa fuite et sa nouvelle vie – la seconde traite ces cheveux pour en faire des perruques et gagne ainsi les moyens de son autonomie financière et donc de sa liberté de ne pas se marier- la troisième les porte quand le cancer fait tomber les siens et lui rend sa dignité de femme pour reconquérir une nouvelle vie), ces trois femmes tressent avec ces cheveux comme dans un immense filet d’âmes où elles sont liées les unes aux autres par des fils invisibles

On pourrait opposer à ce roman de n’être pas assez émotionnel, de ne pas savoir susciter l’empathie mais je pense que c’est justement le propos de l’auteur de ne pas entrer dans le domaine de l’émotionnel, de laisser les faits dans leur vérité crue pour dénoncer ce qui reste tu.  Ces femmes ne sont plus dans l’émotionnel, elles sont dans une autre urgence, une froide urgence, celle de sauver leur vie : échapper à l’effroyable condition d’intouchable, au mariage forcé ou à une mort sociale qui pourrait en amener une autre plus réelle. La seule chose que ces femmes ressentent c’est d’abord la peur ou l’abattement, puis la nécessité d’agir. Leur vie n’a rien d’un roman, leurs décisions et leurs pensées ne sont pas romanesques (sauf peut être parfois pour Giulia), elles doivent agir, analyser les évènements et essayer de dominer les événements pour échapper à leur destin.

Mais ce livre est aussi porteur d’un beau message d’espoir, puisque chacune de ses femmes décident d’échapper à l’histoire qui semble écrite pour elles. L’impossible pour elles n’est pas d’y échapper, comme on pourrait le penser, mais d’accepter cette vie qu’on veut leur imposer. Malgré le danger, les pressions, les oppositions, la facilité qu’il pourrait y avoir à courber le dos et à accepter, ces femmes préfèrent un choix risqué qui peut mal tourner mais qu’elles jugent préférable.

Ne laisse personne te détourner de ton chemin, crois en ta force et tes capacités, persévère

Les histoires de combat ont toujours l’air simple parce qu’on y est extérieur et qu’elles ne supposent qu’une seule chose simple en apparence : une prise de décision suivie d’actions.

Pourtant dans la vraie vie, une telle prise de décision semble tellement insurmontable que la plupart d’entre nous faisons le choix d’accepter ce que la vie veut bien nous proposer pour ne pas prendre le risque de perdre quelque chose… A méditer…

Une belle lecture, une ode aux femmes qui se battent, on est gentiment secouées et invitées à ouvrir les yeux sur le (terrible) sort des femmes de par le monde (l’égalité hommes/femmes n’existent pas encore, l’inégalité est plus criante ailleurs mais elle prend des formes plus complexes et souterraines dans nos sociétés occidentalisées cependant son refus est aussi possible), une jolie plume limpide sans fioritures, un roman efficace et lumineux pour conter des choses graves. Sans regrets ! Sourire

 

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LA TRESSE – Laetitia Colombani – éditions Grasset

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