Le malheur du bas -Ines Bayard

Premier roman d’Inès Bayard dans lequel Marie, jeune femme mariée et comblée, décide de faire silencieusement face à son viol par son supérieur hiérarchique.

Thème : viol, silence, secret, vie conjugale, vie intérieure d’une femme, corps

Ines Bayard - Le malheur du bas

 

Le malheur du bas – Ines Bayard – Rentrée littéraire 2018

Résumé

Marie et Laurent ont tout pour être heureux, ils cherchent même à faire un enfant et puis c’est le drame. Marie se fait violer par son supérieur hiérarchique mais elle ne dit rien voulant sauvegarder son couple, son bonheur, sa vie d’avant. Mais elle ignore la force destructrice des secrets et celle insidieuse du viol.

 

2 adjectifs qui résument le livre

 

Organique car il est beaucoup question de corps. les mots sont crus, réalistes.

Dérangeant car l’attitude de Marie vis à vis de son conjoint et de son enfant va vite devenir difficile à comprendre alors qu’elle est quand même au départ une victime d’un drame terrible. Son choix de taire son agression pour préserver la vie heureuse qu’elle s’était construite, la transforme peu à peu en “monstre”.

 

Ce que j’en pense

 

Comment survivre au viol ?

Virginie Descentes dans King Kong Théorie (dont je vous ai déjà largement parlé), parle d’un risque inhérent à la féminité qu’il faut intégrer mais aussi du droit de s’en relever et de passer à autre chose, de ne pas rester marquée à vie, de ne pas devenir une pestiférée socialement et affectivement.

Pourtant c’est le choix de se taire que va faire justement Marie lorsqu’elle se fera violé par son supérieur hiérarchique dans la voiture qui la raccompagne en bas de chez elle. Car elle est coupable (par nature) de n’avoir pas su se défendre, de n’avoir pas même poussé de cris, de ne pas s’être sentie de taille à s’opposer à cet homme brutal et déterminé, d’avoir attendu que ça passe, comme seule perspective inconsciente de s’en tirer le moins mal possible. Et elle sait que son impuissance jouera contre elle-même. Alors elle choisit le silence car faire entrer le viol dans sa vie, son couple, c’est une double violence : celle du regards des autres, de ce que ça va abîmer, de l’homme qu’elle aime qui la regardera différemment.

Le malheur du bas c’est l’histoire du mauvais choix, d’un couple, d’un corps, mais aussi de l’état mental d’une femme qui se délite sous nos yeux car Marie enceinte se transforme peu à peu en monstre dans sa tête. Elle ne peut supporter le bonheur de Laurent, son conjoint aveugle à tout ce qui ne tourne plus rond chez elle et incapable d’en saisir l’impensable. C’est cette vérité qui putréfie à l’intérieur d’elle-même, qu’elle distille au quotidien jusqu’à vouloir supprimer l’enfant qu’elle porte ou né, avec lequel elle refuse même de communiquer, qui empoisonne lentement leur vie. Cette pénétration physique indésirable qui infuse mortellement son âme et sur laquelle elle a refusé de mettre des mots.

L’auteure au contraire, n’a pas peur des mots ! Ceux du corps mais aussi ceux du monde intérieur féminin. Le vagin, le sexe féminin sont omniprésents puisque c’est le théâtre du drame qui s’ensuit, tout comme elle ne nous épargnera pas les fluides corporels mais on suit également pas à pas l’évolution psychologique de Marie! Le tableau réaliste dressé est là pour montrer combien l’évitement de la vérité, le factice du bonheur conjugal de Marie est trahi par la réalité organique et la construction psychologique qui se met en place pour tout détruire à l’instar du sentiment de dévastation vécu intimement.Une évolution que l’écriture d’Ines Bayard accompagne. Un livre qui n’est pas spécialement écrit pour les femmes mais pour permettre aux hommes de mieux comprendre les femmes.

Au final un véritable livre de femme, puissant, dense, psychologique, un roman du féminin, une histoire difficile qui explose à la figure, laisse KO et génère toutes sortes d’émotions et sentiments sauf l’indifférence. Il évitera aussi peut-être à certaines le choix du silence car « la plupart des gens pensent que les secrets ne se conservent mieux avec le temps qui passe mais c’est faux ». Le final de cette histoire que je ne vous dévoilerai pas, est bien là pour en attester.

J’aime particulièrement ce genre de roman qui nous confronte à ce que nous sommes, même s’il s’agit d’explorer nos côtés obscurs. C’est d’ailleurs tout l’intérêt. Qui peut savoir comment il décidera d’intégrer un tel évènement intime ? C’est toujours plus facile de juger à postériori ou à distance que lorsque l’on doit y faire face. Et j’ai aimé qu’Inès Bayard porte un regard qui dissèque la mécanique de la psychologie féminine plutôt que de glisser dans l’empathie ou le jugement. Le combat féminin est souvent intérieur, secret et tourmenté mais aussi très isolé là où celui de l’homme est plus physique. C’est d’ailleurs ce que Marie reproche à Laurent : de ne pas savoir détecter sa détresse psychologique en ne se fiant qu’à ce qu’il connait, l’apparence extérieure du bonheur et d’elle même intacte qu’elle s’efforce justement de conserver. De ne pas gratter sous celle-ci pour comprendre ce qui dysfonctionne. Elle a d’ailleurs immédiatement effacé les traces physiques de son agression pour la faire disparaitre sans réaliser dans quel piège elle s’enferme. Elle attendra désespérément une écoute qui ne viendra jamais car il ne saura jamais poser les bonnes questions face à son silence et à ses actes incompréhensibles. Moralité : si vous voulez comprendre une femme, guettez l’invisible Clignement d'œil

Comment dire ? Un roman à mettre entre les mains de tous les hommes mais aussi des femmes ♥♥♥

 

Le malheur du bas - Ines Bayard

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LE MALHEUR DU BAS – INES BAYARD – Editions Albin Michel

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18 thoughts on “Le malheur du bas -Ines Bayard

  1. Difficile d’être dans l’empathie pour Marie. Mais on est pas dans le jugement non plus .Quand tu vois sa personnalité, on a l´impression qu’elle laisse sans cesse les choses se faire sans elle, elle n’ose même passer choisir le gynécologue qui va la suivre, c’est Laurent qui le fait et dans ce cas comment parler d’avortement à un ami de la famille ? Quand tu parles du coté organique, c’est parfois cru mais tu te dis que c’est completement réaliste et essentiel dans ce livre . Un roman percutant et violent donc mais quand même à lire car il en dit beaucoup sur la femme, le couple et la famille .

    1. Oui tu as totalement raison ! Ce côté « j’accepte finalement mon sort » m’a aussi pas mal interpellé, notamment avec cette histoire du choix du gynécologue. Mais effectivement j’en suis venue comme toi à me dire que c’était peut-être une histoire de personnalité et à ne pas juger. Marie n’a pas été éduquée pour se battre et n’a pas ce goût. Elle fait partie des femmes qui acceptent silencieusement leur sort malgré l’époque et dont la rébellion et la détresse se manifeste autrement, intérieurement, avec tout le drame que cela implique quand ceux qui l’entourent ne sont pas capable de détecter/décrypter les signes silencieux qu’elle envoie. Je me suis dit que tout son paradoxe avait été de cacher la vérité tout en espérant qu’elle soit découverte malgré elle-même. Mais nous sommes souvent, nous autres femmes dans cette contradiction, à des degrés moindres la majorité du temps, heureusement. C’est aussi pourquoi ça ne m’étonne pas qu’Ines Bayard considère qu’elle n’a pas écrit ce livre pour les femmes mais pour que les hommes comprennent mieux les femmes car c’est un mode de fonctionnement qui doit être étranger à nombre d’entre eux 🙂

  2. Emma
    Quand je t ai lu, je suis restée ,inerte,en ne sachant quoi penser…. Je pense que cette histoire est difficile mais il faut vraiment qu elle puisse dépasser toutes les frontières que l on se créait face à ce sujet.
    Vraiment envie de découvrir cette autrice .
    Merci pour ton post

  3. Cette chronique me donne encore plus envie de le decouvrir. Il semble bouleversant. J’en avais déjà beaucoup entendu parlé.

  4. J ai très envie de le découvrir grâce à ta superbe chronique, merci beaucoup Emma. Je vais le suggérer à la médiathèque pour une future commande …
    Bon lundi de rentrée pour toi .

  5. La description que tu en fais ici rend ce livre encore plus stimulant et « intriguant » à lire. Il en est des épreuves que la vie met sur notre chemin, mais en tant que femme, celle-ci semble bien être là plus impossible à partager malgré les efforts de certaines victimes pour briser le silence. Comment décrire le mal qui nous habite ? C’est admirable et audacieux d’en aborder le sujet avec autant d’assurance, et d’exposer, non pour expliquer ou justifier, mais uniquement pour partager le tournant que cela engendre dans la vie d’une victime, sans que nous puissions en soupçonner la cause.
    Merci de me faire découvrir cet ouvrage, qui m’habite déjà sans l’avoir lu. J’espère avoir la chance de remporter un des exemplaires mis en jeu sur ton compte Instagram
    J’ai hâte de découvrir tes prochaines lectures et critiques ! Belle journée
    Clara

  6. Hello par ici Emma ! 🙂
    Ce livre semble vraiment dur, touchant et intéressant. Il donne envie de le lire et de le connaitre.
    C’est pourquoi je participe à ton concours avec joie ! 🙂
    Bonne rentrée et journée !

    Angélique
    PSEUDO Instagram : @angele_ike 😉

  7. Ce livre était dans ma wishlist, l’est toujours d’ailleurs, mais après avoir lu ton article j’ai encore plus envie de le lire ton article met très bien en valeur le livre et son histoire… ❤️ Si je ne gagne pas le concours je cours l’acheter Après l’annonce des résultats

  8. J’ai très envie de découvrir ce livre, encore plus maintenant que j’ai lue ta chronique ! J’espère pouvoir l’obtenir grace à ton concours ! Merci pour cette découverte.

  9. Holalala je sais que c’est un livre coup de point que jai très envie de lire !!j’espère le gagné merci pour ce concours

  10. TA chronique me donne encore plus envie de le lire j espère en avoir l occasion prochainement . Merci pour ce concours incroyable je croise très fort les doigts.

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