L’inversion du Gulf Stream -Fabrice Chêne

Roman contemporain sur la solitude, l’amour et New-York

Thème : Retrouvailles, ancien amour, New-York, échec, solitude.

L'inversion du Gulf Stream - Fabrice Chene

 

Résumé de l’éditeur

«Nate est parti, Nate m’a quittée, disait la voix d’Aurore. Captée par la webcam, son image – lointaine, tremblée, irréelle – semblait venue d’une autre planète, d’une galaxie distante de plusieurs années-lumière, d’un passé depuis longtemps révolu. S’agissait-il d’un appel à l’aide? Dans le petit appartement redevenu silencieux, Virgil resta longtemps à fixer l’écran noir de l’ordinateur. Il n’était plus très sûr… Étaient-ce ces paroles-là, ces paroles-là exactement qu’elle avait prononcées? Ou bien ces mots les avait-il imaginés, rêvés, réinventés après coup, trace persistante et incertaine de la conversation qui venait d’avoir lieu?
Pour retrouver Aurore, Virgil n’aurait pas hésité à aller jusqu’au bout du monde, lui qui ne va jamais nulle part. La preuve : un seul geste d’elle et le voilà déjà à bord d’un Boeing à la carlingue couleur de ciel, aussi bien ou aussi mal installé qu’on peut l’être, le regard flottant à travers le hublot, anxieux à l’idée de quitter la terre ferme et impatient d’en découdre avec les nuages.»
Juin 2009. Dans le New York démythifié d’après le 11 Septembre et la crise financière, un homme et une femme qui se sont aimés tentent, trois jours durant, de renouer les fils de leur passé
.

2 adjectifs qui résument le livre :

Tortueux- sinueux : comme le sont les déambulations sans but de Virgil dans New-York. Virgil se pose beaucoup de questions et il lui faut explorer en lui-même tous les chemins pour savoir ce qu’il souhaite réellement.

Introspectif : on suit le lent cheminement mental des personnages qui s’interrogent sur ce qu’ils attendent respectivement l’un de l’autre mais aussi d’eux-même

 

Ce que j’en pense

Ce roman pose une question que l’on se pose tous (enfin personnellement je me la pose souvent) :  à savoir que sont devenus les sentiments si intenses que l’on éprouvait pour nos anciens amours et sont-ils susceptibles de donner lieu à une nouvelle histoire. Virgil et Aurore ne se sont pas vus pendant dix ans. Elle avait besoin de mener la vie et la carrière dont elle rêvait aux Etats-Unis et lui ne savait pas s’engager. C’est l’histoire du bon moment qui n’est pas au rendez-vous dans une histoire d’amour. Virgil n’a jamais oublié Aurore mais est-ce que cela suffit ? Et Aurore a-t-elle besoin d’autre chose que d’un soutien pour affronter son divorce et tous les changements qui en découlent. Est-ce qu’aujourd’hui c’est enfin le bon moment ? Et est-ce qu’ils désirent encore cette histoire ?

Il y a des personnes qui savent fermer définitivement les portes derrière eux et puis, il y a ceux qui ne savent pas, pour lesquels la vie est une longue route où chacun évolue et sur laquelle de nouvelles connections avec d’anciennes histoires seront possibles. La rencontre, l’amour et le bon moment n’obéissent à aucune règle, il n’y a que l’envie et l’évidence qui doivent décider de ce que l’on doit faire. Mais parfois ce n’est pas facile d’y voir clair. De ne pas confondre nostalgie, désir et amour. Les longues déambulations de Virgil qui nous permettent de découvrir un New-York de l’après 11 septembre, sont celles de l’homme qui marche pour faire avancer sa pensée.

“Mais pour trouver son chemin, encore fallait-il savoir où l’on voulait aller, ce qui n’était pas le cas de Virgil. A cette minute, une seule chose était claire : depuis qu’il avait quitté l’appartement d’Aurore, il ne cessait de s’éloigner de son point de départ.”

« Toute la journée, il n’avait fait que s’éloigner toujours davantage, s’enfoncer toujours plus loin, parcourant la ville en tous sens, comme s’il avait voulu pousser à son paroxysme (ou peut-être ressentir une dernière fois ?) le plaisir de ne sentir son existence rattachée à rien ni à personne ; celui de se sentir flotter, sans attaches affectives, libre comme l’air, exempt de toutes les responsabilités dont se prévalent habituellement les hommes. »

Il y a ce qu’on aimerait pouvoir prévoir mais comme pour les phénomène climatiques, la nature humaine est également complexe et donc largement imprévisible. Personne ne peut assurer que ce qu’on entreprend marchera ou pas. Pour le savoir, il faut prendre le risque de le tenter. Or le risque n’est pas forcément quelque chose avec lequel Virgil est forcément à l’aise.

 

On retrouve chez cet auteur cette même référence aux Anciens, aux textes des philosophes et poètes de l’Antiquité que chez nombre d’auteurs contemporains comme Christophe Ono-Dit-Biot, Victoria Hislop ou plus récemment avec le dernier Sylvain Tesson “Un été avec Homère”. Je pense qu’il est temps que je m’intéresse sérieusement à ces textes ! Clignement d'œil

D’ailleurs le personnage principal ne porte pas le prénom de Virgil par hasard, tout comme Enée fuyant Troie dévastée dans l’Enéide de Virgile, il cherche un territoire où s’établir pour pouvoir peut-être y commencer une nouvelle vie. Ce ne sera pas New-York qui appartient à l’histoire de Nathan et Aurore mais un ailleurs est possible.

“De ses années d’études, Virgil avait conservé un gout pour les Anciens. Aujourd’hui comme alors, les philosophes et les poètes de l’Antiquité lui paraissaient le meilleur antidote à la futilité et à la superficialité du monde moderne; un repère nécessaire, une balise salvatrice, une façon de contrebalancer la séduction factice et les valeurs illusoires de la société marchande.”

“Le ton, les mots, n’avaient pas changé ; par-delà les différences de doctrines, ils exprimaient une même quête de sagesse, prônaient les mêmes valeurs éternelles  le courage, la patience, la modération, l’abnégation. Si Virgil était bien convaincu que les livres ne pouvaient pas apprendre à vivre, ceux-là pourtant, compagnons fidèles, l’avaient conduit, après les tumultes et les blessures, sur le chemin d’une certaine acceptation, l’avaient aidé à recouvrer une certaine tranquillité d’esprit. A cette occasion au moins, le monde immuable, apaisant, des pages imprimées s’étaient révélé un remède efficace contre le désordre des passions et les intermittences du cœur.”

“Enée était son plus ancien et fidèle compagnon, sans doute le personnage de fiction auquel il s’identifiait le plus facilement. De tous les héros mythologiques, il était le plus faillible, donc celui en qui les autres hommes pouvaient mieux se reconnaitre. Son parcours était parsemé d’expériences souvent malheureuses : le combat, la défaite, la rencontre de l’amour puis la douleur de la séparation, enfin, après bien des péripéties, un ultime combat victorieux. Une somme d’expériences qui avait fait de lui ce qu’il était  non seulement l’héroïque fondateur de l’illustre cité de Rome, mais un être humain comme les autres, parmi les autres.”

 

C’est aussi le roman d’un homme qui a côtoyé l’échec la plus grande partie de sa vie professionnelle comme amoureuse et qui a peut-être aujourd’hui une chance de réussir celle-ci. Ce qui explique aussi sa prudence, il n’est pas habitué à ce que cela puisse marcher. Il est obligé de faire un chemin mental pour accepter ce qu’il désire alors que pourtant, lui, le casanier, s’est envolé pour New-York sans hésiter, sans réfléchir à d’autre urgence que celle de revoir enfin Aurore. Mais maintenant il est rattrapé par la peur.

« Une fois au moins, les choses avaient tourné en sa faveur. Avoir publié un livre – cette goutte d’eau dans l’océan- était en soi une satisfaction, un accomplissement. C’était surtout une reconnaissance : il pouvait de nouveau se mêler au monde, exister socialement ; envisager l’avenir de façon plus sereine. Virgil ne savait pas très bien comment il était parvenu à se dégager de la spirale de l’échec qui l’avait jusque-là entraîné, l’empêchant d’atteindre les objectifs qu’il poursuivait. Il n’y avait pas vraiment d’explication. Il avait simplement fait de son mieux avec les moyens qui étaient les siens, voilà tout. »

 

Un roman pas forcément facile à lire mais qui invite à la réflexion et que j’emmènerai dans tous les cas avec moi le jour où j’irai visiter New-York. Je regrette juste qu’une carte de la ville ne soit pas fournie avec pour pouvoir suivre les pérégrinations de Virgil. Clignement d'œil ♥♥♥

 

Fabrice Chene - L'inversion du Gulf Stream

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