Un fils parfait – Mathieu Menegaux

Drame – Quand les lois servent l’agresseur, quand les apparences se retournent contre soi ou servent les intérêts de l’autre.

Thème : Inceste, défaillance de la justice

Un fils parfait - Mathieu Menegaux 1

Résumé

Quand Daphné entend sa fille Claire en larmes la supplier de ne pas partir pour son travail puis finir par lui avouer que certains soirs elle doit lécher le zizi de son papa parce qu’elle n’est pas là, c’est d’abord l’incrédulité. Seulement voilà peut-elle croire Claire alors qu’elle a tendance à souvent inventer des histoires, avec un aplomb incroyable, pour obtenir ce qu’elle veut ? Et puis Maxime, c’est quand même le mari idéal. Celui qu’elle a tremblé de voir la quitter avant qu’il ne l’épouse: brillant, beau, attentionné, après 12 ans de vie commune on sait quand même à qui l’on a affaire et puis ces histoires là ça n’arrive pas dans des familles comme la leur. Mais les incohérences commencent à s’accumuler, Daphné ne peut plus fermer les yeux, elle doit agir pour protéger ses filles. Et c’est là que tout déraille !

Dans une lettre à sa belle-mère, elle raconte sa propre version de l’histoire. Pour se libérer, pour parler de femme à femme de ce devoir bien naturel de protéger ses enfants, pour que cette vérité soit au moins écrite quelque part à défaut d’être admise.

 

1 adjectif qui résume le livre

Epouvantablement absurde : A l’horreur de la découverte de cette situation s’ajoute celle non seulement celle de ne pas arriver à se faire entendre mais aussi de devenir celle qui a un comportement répréhensible et n’est plus en mesure de protéger ses enfants.

 

Ce que j’en pense

Récit kafkaïen qui entraine Daphné (après une série de maladresses bien compréhensibles) dans un engrenage fou et absurde où elle devient “celle qu’il faut abattre”.

“J’étais enfermée, impuissante et l’enquête allait avancer sans moi. D’un côté la justice aurait affaire à un homme en costume bien coupé, jouissant d’une position sociale élevée, à la réputation sans tâche et respectueux de la légalité, effondré devant ces terribles accusations sans fondement aucun et prêt à coopérer pour être définitivement blanchi. De l’autre, à une femme qui avait enlevé ses enfants dans la précipitation, qui avait manifesté des signes d’hystérie à de multiples reprises, devant des témoins choqués par la violence de ses réactions au café, au conservatoire, dans le hall de l’immeuble, qui avait frappé son mari, qui présentait des antécédents psychiatriques manifestement non traités et qui proférait des accusations absurdes à l’endroit de votre fils. Le pot de terre allait perdre à coup sûr. Tout reposait sur le témoignage de mes filles”.

Tirée d’une histoire vraie sur laquelle Mathieu Menegaux a bâtit un roman, ce récit montre combien la froide détermination, le calcul, la manipulation, l’absence de remords et la loi permettent un retournement absolument effarant de la situation. Pourtant la loi est faite, et particulièrement la loi pénale, pour protéger les intérêts des plus faibles. Mais toute loi a sa contrepartie logique : Si je peux attaquer quelqu’un en justice pour des faits reprochés et avérés, cette personne peut aussi à son tour m’attaquer pour diffamation si elle s’estime injustement mise en cause. Dans ce bras de fer judiciaire, seul celui qui peut apporter une preuve réelle de ce qu’il avance, sans qu’il soit établi qu’il s’est mis en position de faute, peut espérer gagner. C’est ce que n’a pas compris Daphné, bien trop prise dans l’horreur de la situation et l’urgence de sauver ses filles pour penser à l’élaboration d’une stratégie quelconque. Et puis, n’est-elle pas après tout du bon coté, du coté de ceux que l’on protège ? Pourtant l’accueil qu’on lui réserve va la faire vaciller, elle ne s’attendait pas à ce que l’on puisse mettre en doute sa parole, traiter ce qu’elle rapporte comme de simples allégations. En accumulant les maladresses et les hésitations dans le but de protéger ses filles avant tout, elle permet au père de ses filles de reprendre le contrôle de la situation.

Il y a souvent deux versions à une même histoire, chacun a une vérité qui corrobore ou contredit celle des autres : aux juges d’instruire à charge ou à décharge.

Daphné découvre ainsi que l’incrimination d’inceste n’existe pas. Il n’est qu’une circonstance aggravante en cas de défaut de volonté avérée de celui qui subit des attouchements qu’il n’a pas consenti. Et puis, ce motif est précisément l’un de ceux qui est le plus souvent invoqué dans les divorces pour obtenir la garde exclusive des enfants : les magistrats sont donc devenus particulièrement méfiants devant ce type d’allégations. C’est sur ce paradoxe, cette faille, que le roman est construit. Quand le droit légitime d’être défendu et protégé devient lui même prudent à s’exercer, il perd de sa force et perd à l’agresseur stratège de l’emporter. Il ne s’agit plus de savoir qui dit vrai, mais quel est celui qui apporte le plus de charges contre l’autre, qui est le mieux préparé au combat, qui maîtrise le mieux les codes, le timing, les bons contacts, les bonnes décisions. En face le naïf qui se croit fort de son seul bon droit peut voir toutes ses attentes et illusions pulvérisées. Effarant et pourtant bien réel !

Tout ce temps suspendu au “Si c’est vrai”, où après avoir sacralisé la parole de l’enfant, on s’est aperçu qu’elle pouvait aussi être manipulée par les adultes pour servir des intérêts propres, que dans la fin d’une relations amoureuse il n’y a plus de règles: tous les coups sont permis même les plus indignes. Et que cette utilisation collatérale a affaiblit une protection de l’enfant qui avait pourtant déjà eu du mal à trouver un cadre juridique efficient. Et puis, que penser de la disproportion de la mobilisation de la machine judiciaire contre Daphné incriminée pour une pauvre claque et sa totale absence de réactions face aux accusations portées contre Maxime.

Un excellent roman à la fois surprenant et passionnant qui démontre les failles de la justice de manière glaçante et implacable et montre la nécessité de se préparer avant tout combat, de ne pas agir sur un coup de tête, y compris lorsqu’on pense avoir les bonnes cartes en main. Une écriture fluide, dense qui déconstruit avec simplicité et sensibilité un mécanisme pervers de la machine judiciaire qui pourrait apparaitre comme complexe. Pendant ma lecture, j’ai beaucoup pensé au “Maitre du jeu” de John Grisham pour ceux qui connaissent ce titre…

J’ai beaucoup aimé l’évolution du personnage de Daphné, amoureuse dépendante,  un peu fragile, complètement éblouie par l’homme qu’elle aime au début du roman qui se transforme progressivement en louve malgré toutes les difficultés incommensurables et absurdes qui se dressent sur sa route.

A LIRE ABSOLUMENT !! J’ai envie de dire, bien évidemment !! Rire

 

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