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Lectures féministes

Ces hommes qui m’expliquent la vie – Rebecca Solnit

A la suite du texte publié en 2008, “Ces hommes qui m’expliquent la vie”, qui va être énormément partagé, l’auteure féministe Rebecca Solnit va ensuite compiler dans ce recueil, différents textes écrits entre 2008 et 2014 et qui rendent compte à la fois de l’évolution de la société à l’égard des femmes mais aussi de ses réflexions personnelles sur le sujet.

Thème : Féminisme, violence masculine, viol, violence domestique, évolution féminisme, affaire Strauss Kahn

 

Ces hommes qui m'expliquent la vie - Rebecca Solnit

 

Résumé de l’éditeur

 

Pourquoi les hommes se sentent-ils obligés d’expliquer aux femmes ce qu’elles savent déjà ? D’où vient leur certitude de savoir mieux qu’elles ce qu’elles doivent penser, ou faire ?
Peut-être de l’Histoire, qui a constamment relégué les voix des femmes au silence.
Dans ce recueil d’essais où la colère le dispute à l’intelligence et à l’humour, Rebecca Solnit explore une nouvelle façon de penser le féminisme. Et fournit des armes pour les luttes à venir.

 

2 adjectifs qui résument le livre

 

Édifiant : Comment imaginer ce catastrophique état des lieux si on ne lit pas ? Si on s’informe pas spécialement sur la question ?

Nécessaire : Car comme l’explique l’auteure, il est important de présenter une autre histoire que celle qui est fabriquée pour occulter le phénomène d’une société profondément haineuse envers les femmes, qui éduque les hommes dans la culture de la toute puissance, du viol et de la négation de véritables droits de la femme. Culture qui leur fait penser la femme non pas comme un être humain à part entière, mais un être à disposition. Car une société ne peut guérir que si elle reconnait ses maux et posent des mots dessus pour les faire exister.

 

Ce que j’en pense

 

Préambule nécessaire de l’auteure et de moi-même, dans ce post on va parler des hommes de façon générale. Mais il est bien certain qu’il ne s’agit que de certains hommes, ceux qui agissent de cette manière, plus ou moins consciemment, sans se remettre en question, et qui constitue malheureusement, le modèle dominant dans notre culture patriarcal.

On ne soulignera d’ailleurs, jamais combien il est nécessaire que les hommes eux-mêmes se rallient de plus en plus nombreux à la cause des femmes pour les soutenir et définissent un nouveau statut de la masculinité, pour ne pas laisser ces hommes continuer à croire en leur toute puissance sur les femmes et en disposer comme bon leur semble.

Ce que nous apprend Rebecca Solnit, au delà de l’anecdote de ce M-Très-Important qui avait à cœur de l’infantiliser et de lui expliquer qu’il en savait plus qu’elle-même sur le  livre qu’elle a elle-même écrit (tout en réalisant le parfait miracle de ne pas l’avoir lu lui-même). C’est non seulement que l’arrogante et cinglante assurance de certains hommes ne s’embarrasse pas de détails mais que les femmes qui la subissent (et notamment les très jeunes femmes qui manquent encore d’assurance) sont ainsi amenées à se sentir coupables d’échecs secrets, à douter d’elles-même et à se limiter. La mecspilcation (explication condescendante et paternaliste par un homme de quelque chose à une femme) fait ainsi des ravages sans même que nous en prenions conscience.

Et de cette anecdote misogyne qui prêterai presque à sourire, on glisse sur la pente savonneuse de ces actes misogynes, qui amène l’auteure à considérer les terrifiants chiffres de la violence masculine : 1 viol toutes les 6 minutes (en réalité ce serait davantage: un toutes les minutes), une femme sur 5 est violée une fois dans sa vie, autant dire qu’il y a pas mal de femmes dans ce cas autour de nous. Pour les coups, c’est pire, c’est une femme battue par un homme toutes les 9 secondes. En 3 ans on dénombre plus de victimes chez les femmes que le jour du 11 septembre, sans que cela n’alerte véritablement sur la nécessité de s’interroger sur notre culture qui « fabrique » ce genre d’homme.

 

Comment est-il possible que la violence masculine soit l’une des première cause de mortalité et de blessures chez les femmes et que cela ne soit pas plus visible que ça ?

Qu’est ce qui ne va pas avec la masculinité ?

L’auteure explique que c’est parce que le récit qui est socialement fait de ces violences est celui de l’acte isolé. C’est à dire qu’il est constamment considéré qu’il est le fait d’un malade mental, d’un marginal ou tout autre excuse, mais on ne relève jamais l’explication la plus évidente : à savoir qu’il s’agit d’actes toujours perpétré par un homme ! Tout simplement parce qu’on refuse de considérer qu’il s’agit d’un phénomène, celui de la violence genrée, violence typiquement masculine qui s’exerce habituellement contre les femmes.

Que cette violence est le fait d’hommes marginaux mais aussi des puissants de ce monde, comme du conjoint, du père, du frère, qu’elle n’a en fait ni religion, ni race, ni nationalité…

Que cette violence est partout et est la réponse à toutes leurs frustrations. Le désir de contrôler, le désir sexuel et la rage étant fortement imbriqués, nous sommes à leur disposition et ils s’octroient le droit d’être un prédateur en raison d’une toute puissance qu’ils jugent légitime. La violence masculine est tout simplement un système de contrôle des hommes sur les femmes et le sexual entitlement, c’est à dire l’idée qu’un homme aurait le droit de coucher avec une femme sans tenir compte de ses désirs, imputerait aux femmes que ce qu’elles ont dit, fait ou porté en provoquant le désir, les obligeraient à le satisfaire.

On a donc laissé s’installer une véritable culture du viol en considérant qu’il s’agissait d’actes isolés. Que toutes les femmes aient intégré qu’elles devaient craindre la violence masculine et essayer de s’en protéger au quotidien est révélateur de l’ampleur du phénomène, c’est une véritable épidémie que l’affaire Strauss Kahn a révélée en mettant à jour un comportement de prédateur sexuel qui s’exerçait continuellement et de manière habituelle par l’un des hommes dirigeant l’une des institutions les plus puissantes de la planète. Cette culture du viol, c’est aussi dire aux filles de ne pas sortir le soir, de ne pas s’habiller « comme une pute », comme s’il relevait de leur responsabilité d’être ou de ne pas être violée au lieu de demander aux hommes de ne pas violer.

“Toutes ces brochures font porter le poids de la prévention sur les victimes potentielles en traitant la violence comme une évidence. Les universités n’ont aucune bonne raison (mais beaucoup de mauvaises) de passer plus de temps à dire aux femmes comment survivre aux prédateurs plutôt que d’expliquer à l’autre moitié de leurs étudiants comment ne pas se comporter en prédateurs.”

Pour l’anecdote, je vous cite celle où un violeur en série sévissant sur un campus américain, on donna aux filles la consigne de ne plus sortir le soir. Un petit malin placarda alors partout sur les murs de l’Université, l’idée qu’il vaudrait mieux demander aux garçons de ne plus sortir puisque c’est l’un des leurs qui commettait les actes répréhensibles. Cela pouvait sembler logique puisqu’ils étaient la cause du problème mais les hommes ont trouvé inacceptable l’idée de devoir rester enfermés chez eux le soir… Winking smile

Il est donc absolument nécessaire de fabriquer un autre récit, remettre en cause le système et ne plus parler d’agissements isolés. Les mots nous permettent d’appréhender une réalité et de la changer. Il faut mettre des mots sur les phénomènes pour qu’ils existent et raconter une autre histoire pour changer la manière de poser le problème. C’est la seule manière d’avancer et c’est ce que font les féministes. Elles présentent une autre histoire que celle que raconte les hommes et cette société patriarcale, pour que les choses bougent et que l’on trouve des solutions. Car nous vivons encore une époque où il faut se battre en tant que femme pour pouvoir parler, être crue, la femme restant largement considérée comme pas fiable, hystérique et pas crédible. Si on ne met pas de mots sur ces phénomènes, les femmes n’en ont pas non plus pour se dire victimes.

L’auteure conclut qu’il est impossible de dire quand et comment nous gagnerons cette bataille mais toute action a toujours des conséquences imprévisibles, des impacts différés, nous agissons dans le noir (voir le très intéressant texte où il est fait référence à ce sujet aux réflexions de Virginia Woof). Nos actions peuvent rater le but déclaré mais peuvent en influencer d’autres qui réussiront. C’est pour cette raison qu’il faut agir !

Ce recueil de textes publiés avant #MeToo montre combien finalement cette évolution était prévisible, comme une sorte de mouvement irrépressible. #MeToo, ce sont des mots, des histoires, un débat qui ont été brandi pour faire exister cette forme de violence contre les femmes, mettre des mots dessus pour leur donner une existence comme il avait fallu le faire pour le harcèlement sexuel ou la violence domestique.

Au final l’auteure montre qu’il n’existe pas plusieurs misogynie mais bien une seule qui se décline du rabaissement verbal ou situationnel de la femme aux violences, quelles soient domestiques ou professionnelles.

“Un homme agi sur la foi que vous n’avez aucun droit à la parole et que ce n’est pas à vous de décider quelle tournure prend un événement. Cette attitude revêt plusieurs formes : on commence par vous interrompre lors d’un dîner ou d’une conférence, on vous dit de vous taire, on vous menace si vous ouvrez la bouche, on vous frappe parce que vous l’avez ouverte ou on vous tue  pour vous réduire à jamais au silence. Cette personne peut être votre mari, votre père, votre patron ou éditeur, l’inconnu à une réunion ou dans le train, ou le type que vous n’avez jamais vu et qui en a après une autre, mais qui pense que “les femmes” est une catégorie assez petite pour que preniez sa place à “elle”. Il est là pour vous dire que des droits, vous n’en avez aucun.”

Bilan : un livre qui se lit très vite, regroupant des textes faciles à appréhender et qui dressent un état des lieux tragique de la manière dont la femme continue d’être traitée dans nos sociétés pour une véritable prise de conscience du phénomène mais que Rebecca Solnit arrive néanmoins à traiter avec un humour subtil et à rendre optimiste pour l’avenir. Livre à lire pour TOUTES les femmes et les hommes qui les soutiennent ♥♥♥

A lire aussi AB-SO-LU-MENT : King Kong théorie de Virginie Despentes

 

Rebecca Solnit - Ces hommes qui m'expliquent la vie

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CES HOMMES QUI M’EXPLIQUENT LA VIE – REBECCA SOLNIT – Editions de l’Olivier

 

 

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