La fin de la solitude – Benedict Wells

Attention petite pépite littéraire ! ♥♥♥

Je suis tellement heureuse d’avoir eu le plaisir de découvrir ce magnifique roman du jeune prodige de la littérature allemande, Benedict Wells. Un premier livre à 23 ans mais pas encore traduit en français, ce qui ne saurait tardé et puis celui-ci, énorme succès de l’autre côté du Rhin.

On pourrait penser qu’il n’y a aucune raison particulière pour qu’un roman allemand vienne bousculer notre prolifique littérature française, surtout en cette riche rentrée littéraire et pourtant … ce livre est un petit bijou Sourire

Benedict Wells - La fin de la solitude

 

La vie est-elle vraiment un jeu sans gagnant ni perdant ? 

« La vie n’est pas un jeu sans gagnant ni perdant. Elle ne nous doit rien et les choses arrivent comme ça. Parfois c’est juste et tout a un sens, et parfois tellement injuste qu’on doute de tout. J’ai arraché son masque au destin, et, en dessous, je n’ai trouvé que le hasard. »

 

Dans la famille Moreau, allemande mais française par le père, les 3 enfants, Marty, Liz et Jules sont aussi dissemblables dans leur caractère que d’âges différents. En fait, ils n’ont rien en commun. Marty est un bûcheur solitaire et sombre au physique ingrat, Liz est belle, envoûtante et à une âme d’artiste et Jules, le petit dernier n’a pas froid aux yeux. Si le père est un peu distant les enfants veulent tous ressembler à cette mère si belle et douce qui sait réunir sa famille autour de sa guitare, notamment les soirs de Noël, pour chanter Moon River.

“C’était le moment de l’année où tout était parfait.”

Et puis, un jour alors que les parents sont partis en week-end, le téléphone sonne pour leur annoncer le fatal accident de voiture. Les 3 orphelins sont placés séparément dans un internat et Jules qui est encore très jeune va énormément souffrir de se retrouver brutalement isolé, irrémédiablement seul. Il devient alors un vrai petit solitaire jusqu’à ce qu’Alva, mystérieusement, décide de venir s’asseoir à côté de lui en classe. Elle aussi porte un douloureux secret…

“Alva avait les cheveux cuivrés et portait des lunettes d’écaille. A première vue, une fille de la campagne, gracieuse et timide, qui recopiait ce qui était écrit au tableau avec des crayons de différentes couleurs. Mais il émanait encore autre chose d’elle. Certains jours, Alva semblait éviter les autres élèves. Elle regardait par la fenêtre d’un air sombre et totalement absent. Je ne savais pas pourquoi elle voulait s’asseoir à côté de moi, on ne se parlait jamais. Ses amies nous observaient en pouffant de rire et, deux semaines plus tard, je me suis retrouvé seul dans mon coin. Aussi rapidement qu’elle était venue, Alva avait de nouveau changé de place.”

Ils vont alors devenir inséparables. Curieusement, le père de Jules lui avait fait une recommandation peu de temps avant de disparaître et Jules a gardé ce conseil dans un coin de sa tête sans vraiment savoir quoi en penser.

Ce jour-là, mon père m’a dit : “L’essentiel c’est que tu trouves ton véritable ami, Jules. Voyant que je ne saisissais pas, il m’a regardé droit dans les yeux. “Ton véritable ami, c’est celui qui t’accompagne durant toute ta vie. Il faut que tu le trouves, c’est plus important que tout le reste, et même que l’amour. Car l’amour peut se dissiper.”

Mais Jules s’aperçoit qu’il est tombé amoureux et ne sait comment faire basculer leur relation

La vie finit par les séparer mais ils s’étaient promis de reprendre contact à 30 ans si aucun d’entre eux n’avait réussi à avoir des enfants…

Un roman déchirant sur la nostalgie, le destin, la douleur et la reconstruction. Chacun des membres de cette fratrie brisée va affronter à sa manière les manques que cette tragédie a creusé en eux. Marty va se consacrer entièrement à ses études, Liz va errer d’un homme à l’autre en abusant souvent de la drogue tout en fuyant, quand Jules va investir totalement son histoire d’amitié avec Alva. Il tentera aussi de faire son métier de la photographie, en souvenir de son père, et parce qu’il est rongé par la culpabilité de n’avoir jamais utilisé l’appareil photo que celui-ci lui avait offert pour les fêtes de Noël avant l’accident. Avant d’admettre, que ce n’est pas sa vocation et de changer de voie.

Plus qu’un style, c’est une voix qui résonne en nous. Une histoire difficile et sombre portée par une langue aux contours poétiques, un récit esthétique et romantique comme on n’en rencontre plus, conté tout en délicatesse. Bouleversant, lumineux, l’histoire d’une fratrie malmenée par la vie mais qui réinvente de façon totalement inattendue une façon de se ressouder autour de leurs manques respectifs et de faire face ensemble aux nouveaux coups bas que la vie ne leur épargnera pas avec une magnifique solidarité, et bien sûr, une grande histoire d’amour entre Jules et Alva qui transcende tout. Mais on évite le pathos, le feel good et le tout-est-bien-qui-finit-bien, c’est un VRAI roman d’auteur, profond qui subjugue et bouleverse tout en restant lumineux.

Incroyable ! Je suis totalement sous le charme !

Avec en filigrane du roman, l’interrogation de Jules : Que seraient-ils advenus d’eux si la vie avait décidé d’un tout autre scénario que celui de cette tragédie ?

Jules était celui qui n’avait peur de rien, celui qui préférait prendre le risque de traverser un gros torrent sur un tronc d’arbre glissant plutôt que d’emprunter un pont, il se rend compte qu’il n’en est désormais plus capable. La vie l’a changé. Mais elle a aussi changé Marty et Liz …

Est-ce qu’on nait en quelque sorte déterminé, avec quelque chose qui ne pourrait pas changer quelque soit la vie qui nous attend ? Ou est-ce que ce sont certains événements de la vie qui nous créent ?

“Hum … Kierkegaard dirait : Le moi doit être brisé pour devenir moi.

– Ce qui veut dire ?

Elle a froncé les sourcils. – Eh bien, quand on vient au monde, on est déterminé par son environnement, ses parents, les coups du sort, l’éducation et les hasards de la vie. On finit par se dire, comme une évidence : je suis comme ça, mais on ne pense qu’à la partie superficielle, au moi originel…

Alva s’est assise sur son bureau.

– Pour découvrir son véritable moi, il faut remettre en cause tout ce que l’on a reçu à la naissance. Et même en perdre une partie, car c’est souvent dans la douleur qu’on comprend ce qui nous appartient vraiment … C’est dans les ruptures qu’on apprend à se connaitre.”

 

Cela rejoint l’idée évoquée dans mon commentaire sur le livre de Raphaëlle Giordano (“Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une”)  qu’il faut très souvent un évènement douloureux, une rupture brutale de quelque chose dans sa vie pour qu’une personne modifie véritablement sa trajectoire et change de manière radicale sa façon d’agir et de penser. C’est la raison pour laquelle il est si compliqué de changer, il ne suffit pas de le vouloir très fort. C’est pourquoi la plupart des gens qui rêvent de changer leur vie ne peuvent consentir que d’y apporter des aménagements dont ils vont se satisfaire. Ce qu’ils ont appris de la vie, de leur parents, de par leur éducation … continue (malgré les envies de remise en question) de déterminer leur perception de qui ils sont.

C’est très intéressant de suivre comment ces 3 enfants vont chacun apporter une réponse différente à ce qui leur arrive. Je crois que l’évolution du personnage de Marty est celle qui est la plus surprenante et qui donne le plus à réfléchir. Mais je ne vous en dis pas plus pour ne pas spoiler le roman Sourire

Avant de se quitter, je vous mets Moon River – cette chanson qui représente tant de choses pour cette fratrie 🙂

 

 

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LA FIN DE LA SOLITUDE – Benedict Wells – Editions Slatkine & Cie

5 thoughts on “La fin de la solitude – Benedict Wells

  1. Nos avis sont rejoignent sur cette magnifique histoire et Tout comme toi, c’est Marty qui m’a le plus bluffé dans ce roman, et pourtant, c’était mal barré.
    Merci pour ton avis.
    Hami

    1. Coucou Hami
      Oui quelle histoire !! Le genre qui ne te quitte plus …
      C’est vrai que Marty est à priori le personnage le moins intéressant de l’histoire et le voir évoluer pour recréer cette famille complètement atypique qui sait faire front commun à tous les drames de la vie (qui ne les épargnent pas, il faut bien le dire !) est en soi une vraie leçon de vie. Enfin personnellement ça m’a beaucoup touché …
      Merci beaucoup d’avoir laissé un petit message par ici 😉

    1. Bonjour Myriam
      Ouiii ! Je pense que tu ne seras pas déçue ! L’écriture est si envoûtante et l’histoire tellement romantique même s’il s’agit d’un drame…
      Il y a une vraie lumière dans ce roman;
      Belle lecture à toi 🙂

      1. Merci, c’est justement pour cette raison que je me sens attachée à ce roman. La vie est tellement pleine de drames on a l’impression que une écriture dramatique est plus réaliste qu’une écriture plus rosé « dirais-je ». Espérons que ce soit une navigation pleine de leçons… Merci à vous 🙂

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