La Grande Roue – Diane Peylin

Roman contemporain qui aborde avec une réelle originalité et paradoxalement une certaine poésie des sujets lourds. Très réussi ! ♥

Thèmes : Perte d’identité, violence conjugale, pervers narcissique

La grande roue - Diane Peylin

Résumé

Quand Emma rencontre Marc, elle a tout juste 19 ans et cet homme plus âgé et charismatique va l’emporter. Marc c’est l’homme qui lui donne corps, qui la sort de cette invisibilité où ses parents l’ont enfermé en n’existant que par leur couple. Elle a enfin trouvé sa place, elle est dans les bras de cet homme. Elle devient alors sa princesse, sa “poupée” avec des paillettes plein les yeux. Mais la roue tourne et les lumières de la fête foraine s’éteignent en même temps que passent les années et Marc change. Brusquement quelque chose bascule, les paroles se font dures, les gestes de plus en plus violents, les occasions et les prétextes d’être en colère contre Emma se multiplient sans vraie logique. Elle s’adapte au lieu de se rebeller ou de s’enfuir. Elle y croit encore. Et puis, désormais il y a une petite fille au milieu, un deuxième bébé qui arrive et Emma sait trouver des excuses à celui qu’elle aime. Mais Emma n’est pas qu’une poupée…

Et puis, il y a ces autres vies : celles de Nathan, Tess et David que l’on découvre en parallèle de celle d’Emma. Des existences elles aussi malmenées, dans lesquels ils se débattent un peu paumés en quête de leur identité ou de quelque chose de perdu ou qui leur échappe : une mère, la mémoire, qui ils sont vraiment.

On suit ces quatre personnages tour à tour, avançant à pas feutrés dans leur vie sans toujours comprendre, tout comme eux, quelle tournure tout cela va prendre et qui sont-ils vraiment ? Sans comprendre non plus, pourquoi l’auteure les a réunit dans ce drôle de ballet littéraire où l’un rentre quand les autres sortent. Ce sont de longues errances intérieures, faites de silence, de tâtonnements et de cris étouffés dans l’obscurité d’eux-mêmes dont personne n’a la clé pour les en délivrer. Il faudrait pouvoir comprendre ce qui se passe.

Et puis, brusquement c’est comme s’ils surgissaient tous du brouillard et de leur torpeur, le voile se déchire et la vérité se fait jour à la fois inattendue et tellement évidente. Il faut alors reprendre la lecture du livre, personnage par personnage, pour relire l’histoire avec les bonnes clés.

 

2 adjectifs qui résument le livre

Labyrinthique : Car dans le dédale des pensées des uns et des autres, il faut accepter de se laisser porter sans toujours comprendre où l’on va. Juste additionner les informations qu’ils nous donnent pour peu à peu reconstituer le puzzle.

Original : Car c’est là toute l’intérêt de ce roman –> Traiter d’une façon complètement inattendue (de par sa construction, son atmosphère, sa délicatesse d’écriture) un sujet déjà vu et revu par ailleurs.

 

Ce que j’en pense

Un roman que l’on traverse entre brume romanesque, fausse ambiance de polar et état de choc. Une sorte de déambulation mi-hagard, mi-poétique avec ces 4 êtres abimés par la vie.

Diane Peylin très intéressée par la perte d’identité, notamment suite à des chocs traumatiques, suit 4 personnages un peu perdus. Elle explore à cette occasion, avec son personnage central, la relation perverse que Marc met en place avec Emma, exploitant ces failles affectives pour l’enfermer dans une bulle d’amour enchanteresse avant de se transformer en bourreau à la naissance de leur premier enfant.

Pourtant on tourne les pages et rien de glauque. C’est la poésie qui prime, celle des mots, ceux qui explorent le monde intérieur des personnages mais qui détaillent aussi le monde extérieur. Quand on est enfermé à l’intérieur de soi, condamné au silence, on observe toujours avec beaucoup plus d’acuité le monde extérieur. C’est un roman très visuel et il y a aussi la musique, celle des mots toujours bien sûr, mais également celle des films ou des groupes qui vient s’accorder aux vies pour les accompagner.

Un roman polyphonique pour faire entendre la voix de 4 personnages aux existences fantomatiques et parler de la violence faite aux femmes mais tout en délicatesse. Diane Peylin contourne le roman qui plombe pour s’échapper du coté de la résilience car ses personnages luttent pour ne pas sombrer et y parviennent. Parce que la fraternité humaine n’est pas un vain mot. Parce qu’il y a toujours de l’espoir. Parce qu’on peut toujours se (re)trouver quand on se cherche.

Un beau roman, inhabituel, qui mérite le détour !

En tout cas, il m’a donné très envie de lire d’autres titres pour découvrir davantage de cette auteure.

Ce que m’a apporté cette lecture

Au delà du thème du roman qui est intéressant tant dans la manière dont il est abordé que dans la construction “en suspens” du récit.

J’ai aussi été interpellée par l’histoire de l’écriture de ce roman. Déjà parce qu’on écrit jamais quelque chose par hasard et ensuite parce le processus d’écriture reste mystérieux et qu’il révèle aussi en lui-même certaines lois de la nature humaine. A savoir qu’on porte toujours quelque chose en nous qui ne demande qu’à être révélé mais que cette révélation, qui devrait pourtant être évidente, passe souvent par des chemins tortueux.

Curieusement, “La grande roue” raconte également, entre les lignes, une histoire similaire… Je ne vais pas pour autant jouer les psys et je vais me contenter de tirer les leçons de l’histoire de l’écriture de ce roman Sourire

Car ce qu’il y a à savoir c’est que cette histoire a été écrite d’une traite à la grande surprise de l’auteure elle-même, après un refus, par son éditrice, du projet de roman qu’elle proposait. C’est pourquoi ça m’a autant intéressé personnellement. Car ce refus a révélé à l’auteure un autre roman qu’elle portait en elle avec une telle évidence que, pour une fois, elle n’a pas ressenti le besoin d’en faire la gestation. Cela m’a rappelé le geste définitif de la mère d’Alexandre Jardin qui a brulé son manuscrit au motif qu’il n’allait pas faire éditer quelque chose qui ne lui ressemblait pas, ce qui l’obligera à écrire ‘”Le zèbre” en un temps record avec le succès que l’on sait. Comme s’il fallait écrire ses romans avec ses tripes et non simplement avec des mots. C’est aussi la recommandation que fait Joyce Carol Oates dans “La foi d’un écrivain” celle d’explorer ces passions interdites.

Ceci souligne le rôle important de “révélateur et d’accompagnateur” que font les éditeurs et qui est souvent oublié, que celui de savoir quoi attendre de leurs auteurs …L’éditrice de Diane Peylin n’est d’ailleurs autre que Caroline Laurent qui a co-crit et nous a donné à lire le si magnifique “Et soudain la liberté” Sourire

Bien entendu, cela confirme aussi que “l’échec” est toujours là pour nous indiquer non pas que ce qu’on produit ne vaut rien mais qu’on a autre chose à donner ou une autre direction à prendre. Ce n’est jamais une sanction mais une précieuse information que l’on fait fausse route, que l’on est capable d’autre chose ou tout simplement que ce n’est pas le bon moment.

Bien que j’ai bien d’autres centres d’intérêt dans la vie, je me passionne véritablement pour les livres pour cette dimension unique. Car qu’il s’agisse de raconter une histoire, de la manière dont elle voit le jour (en ce qu’elle est profondément lié à notre nature d’être humain et ce qu’elle en raconte), ou de la coïncidence qu’il y a à tomber précisément sur certains livres à un moment de notre vie, on a toujours quelque chose à apprendre de la littérature Clignement d'œil 

 

Le petit plus

La petite note en fin de roman des différents artistes musicaux qui ont accompagné cette histoire de leurs mots ou de leurs notes.

A écouter sans modération le sublime album de Bernard Herrmann , BO du mythique “Taxi Driver”, notamment “I still can’t sleep”…Enfin ce fut mon choix, et je vous laisse avec.

Quel sera le votre ? Clignement d'œil 

 

 

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LA GRANDE ROUE – DIANE PEYLIN – EDITIONS LES ESCALES

 
 

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