Pour te perdre un peu moins – Martin Diwo

Des tonnes d’histoires, de livres, à lire, tous plus intéressants, passionnants, les uns que les autres. Pas le temps de s’ennuyer mais un regret, ne pas croiser plus souvent de beaux romans d’amour.

Et puis, dans cette rentrée littéraire, je remarque ce titre que les éditions Plon m’ont permis de lire en avant-première !

Le bonheur ! Conquise par la voix de l’auteur et cette histoire de rupture à la fois si commune et qui pourtant, dans chaque cas, se révèle unique.

Pour te perdre un peu moins - Martin Diwo

 

Une histoire universelle, celle de d’un couple et de la rupture.

Avec quatre ans d’amour, un jeune couple se sépare. ou plutôt, elle le quitte. C’est l’incompréhension, puis la douleur, puis tout mélangé : la colère qui ravage, la souffrance qui torpille, le sentiment d’injustice qui s’invite comme s’il pouvait y en avoir une en la matière… les promesses faites qu’on voudrait rappeler pour avoir quelque chose à se raccrocher, les amis qu’on sollicite en cherchant des réponses, les retrouvailles que l’on imagine et puis l’espoir…

 

Ecrire c’est continuer l’histoire. C’est maintenir un lien alors c’est l’occasion d’une introspection de l’histoire, chercher le point de rupture, celui qu’il aurait fallu deviner sous les gestes, sous les mots, avant l’heure du ”je te quitte” définitif. Avec le fol espoir de croire que si l’on peut comprendre, on peut réparer, changer la donne.

D’ailleurs, le narrateur remontant le fil de son histoire d’amour, n’a de cesse de fouiller pour tenter de trouver à quel moment il a cessé d’incarner ce qu’elle attendait de lui. Découvrir ce qui a fait basculer la balance du mauvais côté, disséquer, interpréter chaque geste regard, paroles, pour tenter de déceler les attentes déçues et se réinventer neuf pour la séduire à nouveau.

“Et tu penses sérieusement qu’elle serait restée aussi longtemps avec toi si tu n’étais pas le mec dont elle avait envie ? – Je ne le pense pas, je le sais. C’est un peu comme toi et moi. – Comment ça ? – Je n’était pas l’homme dont Elle avait envie, j’étais celui dont Elle avait besoin.”

Par petites touches, peu à peu l’histoire de ce couple se dévoile, celle de la rupture mais aussi celle d’avant la rupture et enfin celle de la naissance de leur amour.

Au départ, on se dit : une rupture, c’est banal. Le thème a déjà été tellement évoqué dans la littérature qu’il va être difficile d’ajouter sa pierre à l’édifice. Et puis, les premières pages que l’on parcoure fébrilement parce que devant les histoires d’amour, on est tous pareils: on plonge ou l’on fuit … et là, ça fonctionne ! L’histoire est la même mais les mots sonnent justes, résonnent, il va être difficile d’échapper à la plume de Martin Diwo. Trop tard !

284 pages bues d’une traite, silencieusement, sans presque reprendre ma respiration, dans un souffle comme celui du cri poussé par le narrateur qui se répercute le long des parois du tunnel de l’Alma. D’abord cri de joie puis, 4 ans plus tard, cri de douleur. Ou l’inverse. Parce que le narrateur vient d’être quitté alors c’est normal, il remonte le fil de son histoire brisée. Cherche le point de rupture, celui qui ne dit pas encore son nom mais qui va précipiter la chute.

“C’est quelque chose de particulier. Quelque chose dont on ne peut se rendre compte qu’après coup. Quelque chose de douloureux, qui me pousse à remettre en question les derniers jours, semaines et mois passés ensemble. Quelque chose qui a duré. Combien de temps ? Je l’ignore. Un moment, sans doute. Un long moment. Un long moment trop rapide. Un long moment que j’aurais aimé voir se prolonger. Un long moment pendant lequel j’ai cru que rien n’avait changé alors que tout était déjà différent. Un long moment qui n’était qu’un mirage, une illusion. Une illusion qui m’a fait croire que tout était encore possible alors que les jeux étaient faits. Une illusion qui m’a préservé pour mieux m’achever.”

 

Par petites touches, on pénètre peu à peu dans l’histoire, celle de la rupture mais aussi celle d’avant la rupture et la naissance de leur histoire

Il y a une vraie puissance dans ce cri qui ouvre l’histoire, quelque chose d’animal, qui vient des tripes mais aussi de l’ordre de la musique, il s’agit d’envoyer le son, parce que celui-ci renvoie à la puissance des sentiments. L’impression soudainement de vivre plus fort ou de souffrir trop fort. L’amour comme la musique renvoie à ce genre de sentiments et sont souvent intimement liés. Mais le narrateur préfère nous parler cinéma, égrener le récit de scènes de long métrage qui racontent les rencontres manquées d’avant la vraie rencontre, qui surviendra des années plus tard et évoquer la montée de ses sentiments en plan serré.

On reproche souvent aux hommes leur atonie, de ne pas savoir exprimer leurs émotions, faute souvent d’avoir appris le “logos” nécessaire à leur extériorisation à cause cette l’injonction de virilité qui fait qu’un homme ne pleure pas donc … ne souffre pas.

Alors ça fait du bien de lire un homme qui parle de la douleur d’être quitté sans y mettre le voile de l’égo. Le mots sonnent justes, ils ne sont pas surjoués, ce sont ceux d’une âme et c’est pour cela que ça fonctionne.

C’est le livre exutoire, le livre qui console, celui des âmes abandonnées, celui de l’auteur mais désormais aussi le notre. Celui qu’on gardera dans un coin de la bibliothèque, au cas où… Celui dont on rouvrira les pages à la prochaine peine d’amour pour se consoler entre cœurs naufragés qui ne se résignent pas, parce que la douleur comme la joie se partage et que dans ces moments là, on a besoin d’un frère ou d’une sœur de cœur qui sache trouver les mots que l’on n’arrive pas à mettre sur ses propres maux, avant de pouvoir passer à autre chose. Parce que la douleur ne se laisse pas contourner, il faut l’affronter courageusement, les yeux dans les yeux pour qu’elle passe son chemin et aille voir ailleurs, avant de retrouver l’envie de vivre.

Parfois je scrute ces nouveaux corps masculins, travaillés, domestiqués, sous contrôle et je me demande s’il reste encore du temps, de la place pour une âme ou même s’ils pensent encore en avoir une et si elle a le temps de vagabonder, d’aimer autre chose que le reflet d’un corps dans le miroir … Me voilà rassurée, il reste des âmes masculines désespérées, chagrines, transies d’amour, vibrantes d’espoir qui laissent des traces entre les pages blanches d’un livre Sourire

Un premier roman, une plume d’aujourd’hui pour raconter la fragilité de l’amour, ses errements, son pouvoir insensé et déroutant, sa quête et la perte de l’innocence. Déchirant et bouleversant.

 

Martin Diwo - Pour te perdre un peu moins

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POUR TE PERDRE UN PEU MOINS – Martin Diwo – Editions Plon

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