L’Elitisme à la française – Julie Carry

Dans ce roman, Julie Carry met en lumière la violence des filières élitistes et du chemin qui y mène, où l’échec n’a pas droit de cité et la chaleur de l’affection de sa propre famille devient conditionnelle.

Thème : Education, système scolaire français, témoignage, grandes écoles, trouver sa voie

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L’ELITISME A LA FRANÇAISE – JULIE CARRY

 

 

Résumé de l’éditeur

 

Installée à Bordeaux en école préparatoire scientifique et éloignée des siens, Alice se retrouve très vite en souffrance dans un environnement élitiste dont elle ne connaît pas les codes. Elle n’entend pas baisser les bras et nous montre, au travers de ce récit émaillé de portraits d’étudiants issus des filières les plus élitistes, comment elle a finalement trouvé sa voie.

Julie Carry est professeur de mathématiques. Elle a voulu, dans ce roman inspiré de sa propre expérience, mettre au jour le déterminisme social et la pression familiale exercée sur les enfants.

 

2 adjectifs qui résument le livre

 

Sidérant : Je n’imaginais pas la violence de ce type de voie, ni que l’on pouvait se retrouver si jeune pris dans ce piège du réussir à tout prix au point d’y abimer sa santé

Emouvant : Comment ne pas être bouleversé par l’histoire d’Alice et ce qu’elle vit, cette relation trop exigeante avec son père qui la meurtrit tout en la piégeant dans un avenir qu’elle ne désire pas.

 

Ce que j’en pense

 

Au départ, je m’étais dit que ce n’était pas un livre pur moi et j’avais expliqué à Julie Carry que je n’étais pas la bonne personne pour ce genre de lecture, l’école et moi avions été trop heureux de nous séparer. Je ne me voyais pas lire et porter de jugement sur un livre qui parle de bons élèves et de leurs problèmes de premiers de la classe.

Et puis Julie m’a fait part de ce qui l’avait motivé à écrire ce livre et j’ai eu envie de comprendre comment on pouvait devenir ce genre d’élève, le genre qui est obsédé par ses notes avant même de vraiment savoir ce qu’il avait envie de faire dans la vie. Vous savez combien la question de la vocation, de la mission de vie est pour moi essentielle et j’ai toujours pensé qu’avant de prétendre apprendre quelque chose à quelqu’un il fallait résoudre la question du sens et du pourquoi on devrait apprendre. Ce que l’école ne fait jamais ou très rarement. C’est certainement l’une des raisons qui a fait que j’ai passé ma scolarité à me demander ce que je faisais là, d’autant qu’il s’agissait d’un gaspillage effarant de temps vu le peu de choses apprises proportionnellement au volume d’heures passées à l’école.

J’ai donc plongé dans ce roman avec curiosité et j’avoue que j’ai été surprise ! Julie carry y décrit avec beaucoup de pertinence la mise en place des mécanismes familiaux et scolaires qui se mettent en place pour qu’un élève réussisse. Pour moi il était évident qu’on ne pouvait que s’opposer à l’autorité et à la discipline à ces périodes de la vie où l’on cherche à se construire. Mais chez les bons élèves cette “rébellion” n’existe pas et donc ne les protège pas. Au contraire, ils sont tellement obsédés par l’idée de ne pas décevoir leurs parents qu’ils rejettent complètement l’idée de s’opposer. Ils ont totalement intégré que s’ils n’ont pas de bonnes notes, cela peut remettre en cause l’estime, voire l’affection qu’on leur porte. Très jeunes on leur a fait comprendre qu’il y avait une corrélation très étroite entre les résultats obtenus à l’école, les attentes de leurs parents et la chaleur et l’affection qu’ils pouvaient attendre en retour. Et ils peuvent d’autant moins s’en défendre qu’on leur a aussi expliqué que ce qu’on exige d’eux, c’est pour leur bien. D’où un stress constant ! Alors bien sûr comme ce sont de bons élèves, ça se passe bien la plupart du temps et c’est totalement invisible.

Le problème c’est lorsque brutalement les résultats ne sont plus aussi bons ou que le niveau exigé monte d’un cran. Et c’est ce que montre Julie Carry à travers l’histoire d’Alice. Sa relation avec son père se dégrade complètement à partir du moment où en intégrant une prépa difficile, les bonnes notes ne sont plus au RDV. Et il n’y a pas plus de soutien du côté enseignants, ils sont là pour garder les meilleurs, pas pour assurer leur épanouissement. C’est alors d’une violence particulièrement insidieuse, car le bon élève est pris au piège de la logique dans laquelle il a grandi : il n’a pas le droit de décevoir et donc d’échouer.

La question de ce qui le rend heureux ou pas ne se pose même pas puisqu’on lui a bien fait intégré que s’il échoue, il rate sa vie. Et d’ailleurs moins il s’en sort, moins il est soutenu. Alors ce sont des heures de travail sans fin, mais aussi le corps qui est mis en souffrance car il n’y a plus de temps ni pour aérer sa tête ou pour s’alimenter correctement d’autant plus avec ce moral vacillant, seule l’obsession de réussir et de ne pas décevoir prend toute la place. Et comme chaque fois qu’il n’y a plus d’adéquation entre ses valeurs profondes, ses désirs et ce que l’on fait, le burn out n’est pas loin.  Il faudra qu’Alice se rebelle, accepte de faire le deuil de l’affection de son père et de l’idée qu’elle se fait d’une vie réussie, pour qu’elle arrive à “sauver” sa peau et a finalement faire accepter à ses parents une autre orientation qui la rendrait plus heureuse, même elle est moins élitiste.

Chaque année des élèves se suicident ou font des burn-out et ce n’est pas étonnant quand on prend conscience de la violence de ces attentes et de la manière dont le lien aux résultats est construit dès la plus jeune enfance, ne laissant aucun choix à ses enfants qui sont plus réceptifs que les autres car cette reconnaissance qui les valide, leur ait plus nécessaire qu’à d’autres. Dans le cas d’Alice, elle est fille unique ce qui renforce cette pression. Dans des familles où l’on a des personnalités différentes chez les enfants, le fait que certains se révoltent quand d’autres rentrent dans le jeu, rend peut-être l’exercice de cette pression moins efficiente ou moins dévastatrice, même si des dégâts il y en aura forcément.

Des parents qui aiment leurs enfants et qui sont convaincus de faire ce qu’il faut pour assurer le meilleur avenir à leurs enfants mais eux-mêmes prisonniers du modèle d’un élitisme qui justifie que l’on fasse des sacrifices et que l’on s’investisse corps et âme sans trop se poser de questions.

En tout cas , j’ai aimé lire ce roman et en apprendre plus.  Je comprends mieux les relations schizophréniques qu’entretiennent certains très bons élèves avec leur job. Il devient difficile de remettre en cause un édifice construit pendant des années où affection familiale, abnégation et investissement personnel excessif s’entremêlent. Comment remettre en cause tout ceci sans renier ses propres parents alors même que l’on se rend compte que ce que l’on a fait et fait, ne correspond absolument pas à ses désirs profonds… ?

Bilan : Livre à lire si vous faites partie des parents qui poussent leurs enfants à faire des études à tout prix ou si vous ne comprenez pas pourquoi vous vous sentez si mal dans votre job alors que vous avez pourtant fait tout ce qu’il fallait jusque là … car il n’est jamais trop tard pour faire ce qu’on aime et comprendre ce qui s’est joué, peut aider à rebondir plus vite  ♥♥♥

 

 

Julie Carry - L'élitisme à la française

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L’ÉLITISME A LA FRANCAISE – JULIE CARRY – Editions du Panthéon

 

 

 

 

 

 

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