Scott est mort – Anne Von Canal

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Joli roman qui lie une véritable expédition en Antarctique et ces premières expéditions polaires qui font rêver des enfants et les soudent au travers des années dans une amitié fusionnelle qui brusquement prend fin.

Thème : Amitié, chagrin d’amitié, solitude, deuil, expédition Pôle sud, aventure, glaciologue, étude des glaciers.

Scott est mort - Anne Von Canal - Emma Perié Blogueuse Littéraire

SCOTT EST MORT – ANNE VON CANAL

 

Résumé de l’éditeur

Hanna est glaciologue, en expédition sur la base antarctique d’Amundsen-Scott. Elle étudie les mouvements passés du climat.

L’équipe de chercheurs est tendue, on annonce une tempête, un Whiteout, un Blanc dehors, ce moment redoutable où ciel et sol se confondent dans une unique blancheur et où toute activité humaine se paralyse.

Hanna reçoit alors un mail de son frère, une seule ligne qui lui apprend la mort de sa meilleure amie d’enfance, disparue vingt ans plus tôt sans aucune explication.

Un roman poétique sur la perte, la mémoire et la solitude.

2 adjectifs qui résument le livre

 

Nostalgique : car tous les souvenirs d’enfance portent ce parfum et cette petite musique des regrets

 

Poétique : Par le décor, son immobilité, sa rudesse et la mélopée des pensées nostalgiques et heureuses de l’enfance d’Hanna, Jan et Fred.

 

Ce que j’en pense

 

Jolie découverte que cette auteure allemande, Anne Von Canal, que je ne connaissais pas. Je me suis littéralement fait surprendre par ce roman dont je ne savais pas trop quoi penser sur les premières pages et encore moins avant de l’ouvrir. En fait, je le trouvais assez énigmatique.

Le mystère est levé, c’est un beau roman sur l’amitié, l’enfance et ses rêves d’absolu et leur inévitable “évaporation”. Y voir peut-être un lien métaphorique avec cette glace qu’étudie Hanna, qui garde le passé en mémoire avant de fondre et de n’en garder aucune trace.

Hanna et Jan sont frère et sœur et partagent les mêmes jeux d’exploration rejouant à l’infini la première découverte du pôle sud par Manundsen (1911), puis par l’équipe de Scott en 1912, où tous périrent lors du retour à cause de l’inadaptation de leur expédition aux terribles conditions de celle-ci et des très mauvaises conditions climatiques.

Quand Fred, la fille du Pasteur rejoint leur petite bande et partage leurs jeux, ils deviennent CES explorateurs : une seule et même équipe où se fondent Manundsen, Scott et l’un de coéquipiers Wilson), inséparables à la vie à la mort comme le sont les serments d’enfant, décidés à prolonger ce projet à leur manière dans leur vie d’adulte.

Hanna deviendra glaciologie, elle lit l’histoire du climat dans la banquise et elle est partie cette année là comme chef d’expédition en Antartique quand elle reçoit le mail de son frère : “Scott est mort”. C’est tout sauf le bon moment mais elle n’y peut rien, resurgissent alors des profondeurs tous les souvenirs et l’incompréhensible disparition de leur vie, de leur amie Fred.

Pourquoi ? Qu’est ce qui a pu se passer ?

 

Tu devais déjà avoir pris ta décision à ce moment-là, tu devais savoir que tu partirais.

N’étions nous pas invincibles ? Cet équilibre rare et puissant de la trinité, ne l’avions-nous maintenu pendant dix ans, toute une enfance et toute une adolescence ? Pas un jour ou presque où nous ne nous retrouvions pas, pas une pensée ou presque que nous ne partagions pas. Et nos projets ! La coloc à Hambourg, les études ensemble. Nous voulions devenir chercheurs, pionniers – ça ne valait donc rien ? Pas même un mot ?

 

Hanna est terrassée par ses souvenirs et comble de malchance, une terrible tempête se lève (un whiteout) condamnant l’expédition à une immobilité forcée risquant de compromettre la mission qu’ils sont venus accomplir.

Vraiment une jolie surprise que ce roman fluide où s’entrecroisent la mission d’Hanna en Antarctique,  ses rapports avec son équipe et son enfance. On comprend d’où lui vient cette vocation mais aussi sa solitude. La désertion mystérieuse de sa meilleure amie à l’aube de leur vie d’étudiants, le départ seule à Hambourg, la désintégration de leur équipe, de leurs projets et de leurs rêves d’enfant. La douloureuse séparation.

 

J’étais tellement sûre de toi.

Même quand un fossé nous a finalement séparés, Jan et moi, parce que nous nous rendions responsables l’un l’autre de ta sortie de scène silencieuse, quand tous nos projets ont été réduits en poussière et que je suis partie seule à Hambourg, même à ce moment-là, je m’attendais encore chaque jour à recevoir un appel, une lettre qui apporterait un dénouement heureux, qui expliquerait tout. Je croyais dur comme fer que tu réapparaîtrais tout simplement un jour, comme les soldats rentrés bien après la guerre.

Burn down the night est resté posé sur mon étagère pendant la moitié de l’année. Le livre t’attendait. Tu connaissais l’adresse.

Mais tu n’es pas venue.

Tu avais choisi l’absence et tu t’y es tenue.

 

Et puis, l’absence d’explications qui permettraient de faire le deuil. Un roman lumineux car résilient, mais aussi par la blancheur immaculée de ce rude bout du monde. Les personnages ont des personnalités bien campées et sont capables de pardon, ils sont attachants et l’enfance heureuse plane avec les failles inexpliquées des adultes comme une ombre inévitable mais dont on s’est accommodé. Une lecture tout en délicatesse, en poésie et c’est le paradoxe de cette confrontation entre ces deux mondes car l’environnement est rude, les collègues rugueux, et le carottier bruyant et imprévisible, un mariage réussi.

Et puis comme toujours, j’aime les romans qui m’apprennent quelque chose et/ou qui me font voyager, ce qui est le cas de celui-ci.

 

Bilan : Je me suis sentie fondre moi aussi entre ses pages, j’ai été touchée, bouleversée par l’enfance et l’adolescence d’Hanna, Jan et Fred. Bien sûr j’aurais voulu en savoir bien plus, comprendre moi aussi mais c’est certainement ce qu’il y a à en retenir : le passé nous dit qui nous sommes mais ce ne sont que des souvenirs que nous remanions pour en faire ce que l’on veut fabriquant une nostalgie qu’il faut savoir dépasser.

Je peux me souvenir. De toi, de Jan, de moi. Me souvenir de ce qui était et de ce qui n’était pas. Mais il ne me sera sans doute jamais donné de tout comprendre.

Livre à lire si l’on aime les romans initiatiques, l’enfance, l’amitié et son sentiment d’absolu, les voyages et l’aventure, la nature ♥♥♥

 

 

Scott est mort - Anne Von Canal

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SCOTTSCOTT EST MORT – ANNE VON CANAL – Editions Slatkine & Cie