Illustration pour présenter le livre "La solitude des nombres premiers" de Paolo Giordano
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La solitude des nombres premiers – Paolo Giordano

Ce titre en 3 mots :  Adolescence/ Solitude/ Mélancolique

 

 

Avant de partir en vacances, j’avais terminé ce premier roman de Paolo Giordano “la solitude des nombres premiers”, et j’ai profité de disposer d’un peu de temps libre pour avancer sur mes chroniques.

Encore un roman que j’ai découvert sur les étagères de mon bouquiniste sétois .

Je n’aurais malheureusement pas le temps d’y retourner cette année avant le mois de septembre, je vais donc me consoler avec l’idée que d’ici là j’aurais le temps de faire des économies pour lui acheter beaucoup, beaucoup, beaucoup de livres …

Bref ! Revenons à notre roman.

 

Résumé de “La solitude des nombres premiers” de Paolo Giordano

 

Alice boite.
Depuis cet accident de ski provoqué par un père autoritaire qui voulait la pousser au-delà de ses limites, elle avance dans la vie avec cette différence visible qui nourrit son mal-être et son anorexie.

Mattia, lui, est un enfant surdoué, enfermé dans une intelligence qui le coupe des autres.
Mais surtout, il porte un secret irréparable, une blessure si profonde qu’il choisit très tôt de se tenir à distance du monde.

Lorsqu’ils se rencontrent au lycée, ils se reconnaissent immédiatement. Ce sont deux êtres à part, deux solitudes qui se comprennent instinctivement.

La nature de leur lien devient évident pour tous… sauf pour eux-mêmes.

Les années passent et les séparent physiquement : Mattia part à l’étranger et Alice tente de se construire une vie, mais leur lien persiste malgré le temps, la distance et … les rendez-vous manqués.

 

La solitude des nombres premiers - Paolo Giordano

 

Pourquoi lire ce livre

Parce qu’il parle magnifiquement de l’exclusion et de la différence

Tous ceux qui se sont sentis “à part” pendant l’enfance ou l’adolescence s’y reconnaîtront.

Parce qu’il explore avec justesse les blessures invisibles

Le roman montre comment les traumatismes continuent à façonner nos vies bien longtemps après les événements.

Parce que c’est une histoire d’amour bouleversante

L’existence d’un lien fort, évident, mais empêché par les blessures de chacun et la vie qui prend le dessus.

 

Mon avis en quelques lignes

 

Très rapidement je me suis beaucoup identifiée à Alice, dont l’adolescence partage beaucoup de traits communs avec la mienne.
Son père autoritaire, cette sensation d’être inhibée par l’enfance, son anorexie, puis cet accident qui la laisse physiquement différente… tout cela crée chez elle un sentiment d’exclusion très fort.

J’ai d’ailleurs aussi beaucoup pensé au dernier roman d’Olivier bourdeaut  « Une histoire d’amour et de violence ».

Mattia, lui, est différent mais autrement.
C’est un enfant surdoué, profondément seul, marqué par une faute qu’il estime irréparable.

Là où Alice subit sa solitude, Mattia semble presque la rechercher, comme s’il refusait d’appartenir à ce monde.

Ce qui est très beau dans ce roman, c’est leur rencontre.
Ils se reconnaissent immédiatement parce qu’ils parlent le même langage intérieur : celui des êtres blessés.

Leur amour saute aux yeux des autres, mais eux restent incapables de franchir le pas. Et c’est ce qui rend leur relation si poignante.

Le titre du roman est d’ailleurs magnifique et très révélateur.
Les nombres premiers sont des nombres divisibles uniquement par eux-mêmes et par un.
Et parmi eux existent les « nombres premiers jumeaux » : des nombres extrêmement proches mais séparés malgré tout par un chiffre qui les empêche de se rejoindre complètement.

Alice et Mattia sont exactement cela. Deux êtres faits pour se comprendre, presque faits l’un pour l’autre… mais incapables de réellement se rencontrer.

 

Paolo Giordano - la solitude des nombres premiers

 

Je crois que beaucoup de lecteurs pourront se retrouver dans ce roman parce qu’il offre une forme de réconfort étrange : celui de comprendre que notre différence, notre solitude ou nos blessures ne font pas forcément de nous des êtres “anormaux”.

En parlant de ce livre avec une amie, elle m’a confiée qu’elle l’avait beaucoup aimé pour les mêmes raisons que moi.

Il lui donnait le sentiment que la solitude subie, le fait de se sentir « différente » n’est finalement pas si anormal : « Je me suis dit alors c’est ça ! Moi aussi je suis un nombre premier ».

 

Personnellement, j’aime énormément les romans sur l’adolescence – probablement parce que je ne l’ai jamais complètement quittée puisque c’est le lieu de beaucoup de mes blessures.
Et j’aime aussi ces liens indestructibles, ces relations “toi et moi contre le monde entier”. Ce roman avait donc tout pour me toucher.

Pourtant ce que j’ai ressenti est aussi ambivalent.
Une part de moi avait envie de secouer Alice et Mattia, de les voir dépasser leurs blessures au lieu d’en rester prisonniers.

Néanmoins je sais aussi – en tant que coach – qu’il est toujours plus facile de parler de ce qu’il faudrait faire que de parvenir à le faire.

Nos biais adorent nous leurrer et nous faire croire que nous avons su les dépasser mais la réalité est souvent toute autre.
Les traumatismes nous enferment dans le passé, dans le moment exact où ils se sont produits. et on ne les dépasse pas simplement parce qu’on “veut vivre”.

La plupart du temps il faut passer par un véritable travail de guérison, et parfois il s’agit même du travail d’une vie.

Je crois d’ailleurs que c’est précisément ce que Paolo Giordano cherche à montrer : combien il est difficile d’échapper à certaines blessures… et combien il est parfois impossible de rattraper un rendez-vous manqué, parce qu’entre-temps la vie continue et entraîne chacun d’entre nous ailleurs.

Cependant, j’émettrais une petite critique car malgré tout ce que ce roman rapporte de juste et de profondément humain, il lui manque peut-être une forme de chaleur émotionnelle.
C’est assez étrange, car les blessures d’Alice et Mattia devraient naturellement nous attacher à eux, mais j’ai souvent eu l’impression de rester en marge du récit, comme tenue à distance des personnages et de leurs émotions.

C’est probablement aussi ce qui rend le roman si particulier : cette froideur, cette incapacité à réellement se rejoindre, même pour le lecteur.

Quant à l’adaptation cinématographique – que j’ai essayé de regarder après ma lecture en me disant qu’elle serait peut-être mieux que le roman-  je l’ai trouvée encore plus froide que celui-ci. J’ai d’ailleurs fini par abandonner avant la fin.

 Il n’empêche, « La solitude des nombres premiers » reste un roman très émouvant et juste.

En bref : un roman profondément mélancolique et humain sur les blessures de l’enfance, la solitude et ces amours impossibles qui nous accompagnent toute une vie.

 

Il l’avait appris : les choix se font en l’espace de quelques secondes et se paient le reste du temps.

  

À qui conseiller ce livre ?

  • À ceux qui aiment les romans sur l’adolescence.
  • Aux lecteurs sensibles aux histoires d’amour empêchées.
  • À ceux qui se sont sentis exclus ou différents dans leur jeunesse.

 

Quelques mots sur l’auteur

 

Paolo Giordano - Ecrivain italien - 111

Paolo Giordano est est un écrivain italien et docteur en physique théorique.

Avec “La solitude des nombres premiers”, son premier roman publié en 2008, il connaît un immense succès international et remporte le prestigieux prix Strega.

Son œuvre explore souvent les failles humaines, la solitude et les blessures invisibles.

 

A lire aussi – idées lecture

 

  • L’amour oufNeville Thompson – Un autre roman devenu mythique sur l’adolescence. Vous pouvez  trouver ma chronique ici.
  • Nos rendez-vousEliette Abécassis : Un roman sur les rendez-vous manqués, qui montre comment la vie emporte dans des directions différentes deux personnes qui s’aiment mais qui n’ont pas su se le dire à temps.
  • Le corps n’oublie rien – Bessel van der Kolk : Pour comprendre comment les traumatismes et ce que nous vivons dans l’enfance, nous affectent autant dans notre vie que dans notre corps.

 

☆☆☆

Couverture de la solitude des nombres premiers de Paolo Giordano

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