Illustration pour présenter le livre d'Emma Becker "La Maison"
Lectures,  Roman autobiographique

La maison – Emma Becker : un roman décomplexé et libérateur

Ce titre en 3 mots :  Autobiographique/ Décomplexé/ Audacieux

 

Encore une lecture faite lors de mes dernières vacances, que je n’avais pas encore eu le temps de chroniquer.

Oui je suis un peu lente ahaha

Après avoir terminé “Le mal-Joli” , j’avais vraiment hâte de lire “La maison” d’Emma Becker .

J’ai d’ailleurs décidé de continuer l’exploration de l’œuvre de cette autrice cet été.

Comme je m’y attendais, j’ai dévoré ce titre !

“La Maison” est souvent présenté comme un livre sulfureux mais ce serait restreindre ce livre à ce qu’il n’est pas.

Il s’agit surtout d’un texte singulier sur le désir féminin, qui résiste aux jugements lapidaires.

 

"La maison" de Emma Becker est le livre que j'ai emporté dans ma valise de vacances et je l'ai dévoré.

 

Résumé de “La maison” de Emma Becker

 

Installée à Berlin, Emma devient Justine pour travailler dans une maison close.

Elle entre d’abord au Manège, puis rejoint la Maison, lieu plus feutré qui donne son titre au récit.

Pendant plus de deux ans, elle reçoit des clients et partage le quotidien d’autres travailleuses du sexe.

À partir de cette expérience, Emma Becker compose une galerie de portraits et observe les règles, les risques, les gestes et les rapports de pouvoir de ce monde fermé.

Le livre mêle récit personnel, enquête et réflexion littéraire. Il ne propose ni mode d’emploi ni vérité générale sur la prostitution : il raconte d’un point de vue souvent introspectif et profondément humain, ce que l’autrice vit à travers cette expérience particulière.

 

Pourquoi lire ce livre

Pour ces portraits incarnés

Les femmes ne sont jamais réduites à leur activité de travailleuses du sexe. Au contraire, Emma Becker nous offre un regard plein d’humanité et de tendresse sur les femmes qui ont fait ce choix.

Pour le regard ambivalent

Si Emma Becker écrit sur La Maison et la prostitution, elle ne cherche néanmoins pas à défendre celle-ci, mais elle expose sa complexité, où plaisir, violence autonomie et contrainte s’entremêlent.

Pour le courage ou la folie d’Emma Becker

Faire le choix de vivre ce sur quoi on écrit, notamment sur la prostitution, n’est pas anodin. J’admire le courage d’Emma Becker d’aller au bout de ses idées folles pour apprendre à se connaître, découvrir cette sexualité qui ne cesse de la fasciner et d’écrire si joliment à ce sujet.

 

"La maison" de Emma Becker, roman posé sur une table avec le café au soleil pendant les vacances

 

Mon avis en quelques lignes

 

Je pense que c’est un roman que chacun lira avec ce qui lui appartient, c’est à dire sa relation à son propre corps, à sa sexualité et à la morale.

C’est d’ailleurs ce qui caractérise l’écriture d’Emma Becker, cette curiosité pour l’intime féminin : notre relation à notre corps, à notre sexe, au désir, à l’amour, à nos enfants.

Elle n’esquive jamais par peur d’être mal jugée et c’est ce qui me séduit particulièrement dans ses livres.

Elle va s’aventurer justement là où la morale tente de fermer la porte au nez de notre curiosité, et je trouve que c’est très libérateur.

 

Si dans ce livre elle s’intéresse à la prostitution, elle pose d’emblée les jalons : il ne s’agit pas d’en faire l’apologie mais simplement de raconter ce qu’elle en a vécu personnellement.

Il y a une sorte de folie un peu rebelle : celle de vouloir relever des défis, dans un élan guidé d’abord par le jeu d’y aller malgré le côté inapproprié ou « dangereux », et de tenir la distance.

Mais le défi est ensuite relayé par quelque chose de plus profond : se comprendre et tenter de mieux appréhender les autres et de rendre compte de ce qui est vécu.

Honnêtement je n’aurais jamais le courage d’Emma Becker pour ce genre d’expérience.

Pourtant j’avoue avoir déjà été intriguée par un reportage récent qui s’intéressait à des jeunes femmes qui se prostituaient en utilisant Internet et gagnaient ainsi de quoi vivre confortablement.

Ce choix était fait uniquement sur des considérations financières. Effectivement elles gagnaient bien mieux leur vie qu’en s’épuisant à travailler pour un SMIC et jouissaient d’une vraie liberté.

Virginie Despentes avait également fait ce choix – elle en parle dans son essai “King-Kong théorie”.

Lassée de travailler pour un salaire misérable dans une grande surface (avec un manager irascible sur le dos toute la journée et des horaires de travail qui l’empêchaient d’écrire), elle avait alors opté pour la prostitution.

Ce n’est pas un choix que je ferais mais je peux comprendre que pour certaines femmes cela puisse être une manière d’échapper à la pauvreté ou à une vie trop difficile. Dans la Maison, certaines jeunes femmes viennent là ponctuellement pour améliorer leur niveau de vie et avoir plus de temps pour les enfants qu’elles élèvent seules.

Emma Becker opte pour la prostitution choisieà distinguer des jeunes femmes qui sont victimes d’un proxénète et obligées de se prostituer pour son compte.

C’est pourquoi elle choisit l’Allemagne : là-bas, la prostitution est légale, tout comme les maison closes.

Elle va ainsi travailler dans deux maisons closes très différentes.

La première est inquiétante, semble gérée par une mafia de l’est et les filles sont tenues d’accepter ce qui se présente.

Mais suite à une situation qui dégénère avec un client, elle préfère quitter les lieux.

Elle trouve ensuite La Maison, tenue par une ancienne prostituée, qui laisse la liberté aux filles d’accepter qui elles veulent, de s’habiller comme elles le souhaitent et les mauvais comportements des clients sont bannis.

Emma Becker y trouve une sorte de famille et un terrain d’observation privilégié.

Bref, j’ai aimé que ce livre ne cherche pas à rendre le sujet de la prostitution volontaire confortable. Les portraits de femmes déplacent le débat sur la sororité, la liberté de disposer de son corps et le désir féminin, ce qui fait la force de cette expérience singulière et le charme de cette lecture.

Mais surtout le livre est plein d’humanité, de chaleur, car Emma Becker a trouvé dans cette maison une sorte de refuge hors du monde où les femmes se serrent les coudes et sont bienveillantes les unes envers les autres. Mais cela tient à l’esprit dans lequel cette Maison est tenue et ne représente pas forcément les autres maisons closes.

Cette particularité a pu amener certains à reprocher à Emma Becker de présenter la prostitution sous un jour trop favorable, ce qu’elle n’est pas. Je pense que le débat n’est pas là, elle a simplement fait de la littérature avec sa propre quête personnelle et ce qu’elle a vécu, ce n’est pas un essai.

Néanmoins, je suis toujours partante pour les livres qui cassent les codes, je les trouve souvent très libérateurs.

Dans tous les cas ils nous offrent un autre regard sur nous-mêmes et le monde qui nous entoure, à nous ensuite de nous saisir de ce qui nous convient.

 

Le roman "La maison" d'Emma Becker ouvert sur une table en attente d'être lu pour les vacances

 

 

À qui conseiller ce livre ?

  • À ceux qui aiment les romans profondément féminins
  • Aux personnes intéressées par la question du désir féminin et à celles qui acceptent une narratrice moralement complexe..
  • Aux lecteurs attirés par les récits mêlant littérature et documentaire.

 

Quelques mots sur l’autrice

 

Emma becker écrivaine française de "La maison", un roman surprenant et libérateur sur la prostitution volontaire et la sororité.

Emma Becker est une romancière française.

“La Maison”, son troisième roman, a reçu le prix du Roman des étudiants France Culture -Télérama.

Ses livres explorent le désir, la maternité, l’amour et la relation à son corps.

 

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☆☆☆

couverture du roman La maison de Emma Becker

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FAQ – La maison d’Emma Becker

✨ “La Maison” est-il autobiographique ? ?
Oui, le livre s’appuie sur l’expérience d’Emma Becker dans deux maisons closes berlinoises. Sa forme reste littéraire : il organise et transforme le vécu par l’écriture.

✨ Pourquoi le livre a-t-il fait débat ? ?
Il aborde la prostitution depuis une expérience parfois vécue comme choisie, sans effacer complètement la violence, mais on lui a reproché de présenter celle-ci de manière idéalisée.

✨ Le livre contient-il des scènes explicites ??
Oui. Si le sexe, la marchandisation du corps, la violence et certains comportements de clients sont décrits de façon directe, cependant ces scènes sont relativement mineures. Le livre reste néanmoins destiné à un public adulte.

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